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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1798, 1799. 247

chevaux. Heureusement le jour disparut. Bonaparte donna ordre derétrograder, et l’ennemi, qui crut n’avoir en face qu’un simple détache-ment, ne fit qu’une simple démonstration. A quatre lieues en arrière,on rencontra Bessières avec le quartier général, et dans la nuit Kléberrallia. Le lendemain, les Français se réjouissent à la vue des bellesmontagnes de la Syrie et des plaines de l’antique Gaza qui leur rap-pellent le sol de la patrie. Gaza qui n’a plus de portes, et que les troupesde Djezzar abandonnent, envoie une députation au général en chef.L’armée y oublie toutes ses privations. Deux jours sont accordés à sonrepos et à l’organisation locale. Trois jours plus tard, nous sommesdevant Jaffa, autrefois Joppé , si fameuse dans l’histoire merveilleusedes enfants d’Israël . Des forces imposantes la défendent ; de hautesmurailles flanquées de tours la protègent. Djezzar l’a confiée à destroupes choisies. Une artillerie formidable y est servie par douze centscanonniers turcs. L’importance de cette place qui présente un port àl’escadre , et qui est la clef des états du pacha, ne permet pas d’enretarder le siège. Au bout de trois jours l’investissement est formé, latranchée ouverte ; le bombardement commence, et bientôt on juge labrèche praticable. Bonaparte envoie un Turc porter une sommation aucommandant de Jaffa , qui, pour toute réponse, fait couper la tète auparlementaire et ordonne une sortie. Mais cette sortie ne réussit pointaux ennemis , et le soir même notre feu a fait crouler une de leurs tours.Le point de l’assaut est marqué : un spectacle d’un intérêt bien touchantfrappe tout à coup le soldat : tous les chrétiens de la ville, tenant dansleurs mains un crucifix , et criant Christian , Christian , franchissent lesremparts et se précipitent dans nos rangs, où ils sont traités et accueilliscomme des frères. Après cet événement, l’attaque contre les infidèlesreprit tout son acharnement ; leur résistance opiniâtre ne sauva ni euxni Jaffa . La ville est emportée ; le massacre devient général ; rien n’ar-rête la rage du vainqueur. La fureur donne la mort, et la mort donnela contagion. Pendant deux jours et deux nuits, le glaive extermina-teur détruit ceux qui résistaient dans Jaffa . Ses dunes ont vu une partiede ce sacrifice à un dieu barbare, à ce dieu inconnu que les conqué-rants appellent la nécessité. Un millier de malheureux, la plupart com-pris dans la capitulation d’El Arich, furent passés par les armes.L’histoire transmet sans explication la mémoire de ce massacre à lapostérité ; mais elle offrira pour document la proclamation de Bonaparte