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Tome premier.
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304
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304 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1800.consul le veut ; mais l’artillerie, comment pourra-t-elle passer ? Cettedifficulté était prévue. Les cartouches et les munitions renfermées dansde petites caisses, les affûts démontés seront portés à dos de mulets.On a préparé des troncs d’arbres creusés de manière à pouvoir conte-nir nos pièces de canon; cent soldats s’attellent à chacune d’elles.Lannes commande l’avant-garde. Le 17 mai, trente-cinq mille Français ,conduits par Bonaparte , abordent le Saint-Bernard. Moncey marchevers le Saint-Gothard avec quinze mille hommes, pour descendre àBcllinzona. Bétliencourt a sa direction sur le Simplon, tandis que Tur-rcau a la sienne sur le Mont-jCenis. Cette dernière démonstration doitempêcher Mêlas d’abandonner la rivière de Gênes. Au sein des rochersles plus escarpés, au travers de glaces éternelles, au milieu des neigesqui effacent toutes les traces et n’offrent plus qu’un immense désert,et par des chemins où le pied de l’homme n’a jamais été empreint, lesFrançais montrent un indicible courage : gravissant péniblement,n’osant prendre le temps de respirer, parce que la colonne en eût étéarrêtée; près de succomber sous le poids de leurs armes, ils s’excitentles uns les autres par des chants guerriers. Survient-il un péril presqueinsurmontable? alors ils font battre la charge, et, comme un ennemi,le péril disparaît devant eux. Sous les regards de Bonaparte , tous lesobstacles de la nature deviennent des conquêtes. L’infanterie, la cavalerie' les bagages, les canons ont atteint les sommités des Alpes , où nos différentscorps reçoivent tour à tour, des religieux de l’hospice, tous les secoursde la plus généreuse charité ; mais après une halte de quelques heures,chaque division se précipite avec une nouvelle ardeur, quoique avecbien plus de dangers, sur les pentes rapides du Piémont. Bonaparte lui-même opère la descente à la ramasse, sur un glacier presque per-pendiculaire.

Les Autrichiens avaient toujours regardé la formation de l’armée deréserve à Dijon comme une fable inventée pour leur donner le change,et les pousser à abandonner le blocus de Gênes. Bonaparte s’était appli'qué à entretenir cette erreur par une foule de précautions et de ruses ;elles avaient réussi au point que ni Paris, ni Dijon , ni la cour deVienne, ni ses généraux d’Italie ne croyaient à cette armée, qui, aprèsavoir marché à son but par diverses routes et en corps isolés, sans au-cun rapport entre eux, s’était réunie au pied du Saint-Bernard, etvenait de le franchir. Mêlas, profondément convaincu que nous n’avions