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Tome premier.
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303
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1800. 303

vahissement subit des défilés de la Forêt-Noire . Recourbe a passé leRhin à Schaffouse, et opéré sa jonction à Engen avec Moreau. Kray yfut battu par ces deux généraux, et perdit l’importante position deStokach. Moreau poursuivit ses succès. Pendant que ces opérationss’exécutent, Bonaparte jouit dans son palais des Tuileries du plaisir detromper par cette habile combinaison l’Autriche, l’Europe et ses capi-taines eux-mêmes. Il envoie le ministre Carnot à l’armée du Rhin,avec l’ordre d’en détacher vingt mille hommes sur le Tésin par leSaint-Gothard . Moreau s’aperçoit avec déplaisir que même à son arméeil n’a pas seul la confiance du premier consul. Il est vrai qu’il avaitdéclaré ne pas vouloir la commander sous ses ordres. Ce général se voitdonc tout à coup réduit à un rôle secondaire, quoique propre à aug-menter beaucoup sa renommée : toutefois, il suit par de savantes etconstantes manœuvres le plan de l’inaction qu’il est chargé d’impri-mer à l’armée supérieure du général Kray, et prélude ainsi en grandtacticien aux triomphes de Hohenlinden , qui plus tard illustreront. sacampagne offensive. Enfin, l’armée de Dijon est en marche sur Ge-nève. Les victoires d’Engen, de Stokach, de Moeskirch, de Biberach et Memmingen, gagnées par Moreau, donnent à Bonaparte le signaldu départ.

Tandis que l’Europe croit le premier consul livré à Paris aux soinsdu gouvernement, il arrive à Genève et prend le commandement dol’armée; c’est là que, réduit à porter la guerre sur le Pô, entre Milan ,Gènes et Turin , il choisit la base de ses opérations sur les revers duSimplon et du Saint-Gothard . Libre de toute crainte sérieuse du côtédu général Kray, contenu par Moreau, Bonaparte veut surprendre lesdéfilés des Alpes , pour attaquer les derrières de Mêlas, dont les forcesdisséminées sur Gènes, sur le Var , doivent garder les débouchés desAlpes et de la Lombardie , occupée mais non soumise. Sur-le-champ,rival audacieux d’Annibal et de César, il décide le passage de l'arméeet le transport de sa formidable artillerie par la crête des montagnes, àplus de douze cents toises au-dessus du niveau de la mer. Le généralMarescot, chargé de la reconnaissance du Saint-Bernard, avait eubeaucoup de peine à le gravir jusqu’à l’hospice où stationnait, depuisdeux mois, un petit poste détaché du corps du général Mainoni. «Peut-°ü passer?» fut la seule question de Bonaparte . « Oui, dit Marescot,eela est possible. — Eh bien, partons.» L’armée passera, le premier