328 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1800, 1801.presque inévitable, Bonaparte redevint, pour beaucoup d’esprits reli-gieux, l’élu de la Providence, et la superstition légitima sa fortune.
Mais le premier consul, qui avait montré la plus grande sécurité aumoment du péril et pendant toute la représentation de l’Opéra, regardaensuite l’événement avec des yeux sévères. Fouché , ministre de lapolice, voulut se justifier à ses yeux de l’ignorance où il était de ceforfait, qui ne pouvait être que le résultat d’une conspiration et non uncrime isolé. Il se souvint à propos de son ancien métier de prescripteur :en conséquence, pour satisfaire à la passion du moment, qui faisaitrejeter sur les républicains toutes les entreprises contre Bonaparte , etafin de ne pas donner lieu au moindre soupçon de fidélité envers sesanciens amis, il dressa une liste de cent trente patriotes, que les consulsfirent déporter par un sénatus-consulte rédigé nuitamment. Fouché ,qui devait renouveler en 1815, sous un roi de France , ce moyen révo-lutionnaire, Fouché ne se borna point à faire exécuter l’arrêt prononcécontre des citoyens innocents du complot qu’on leur imputait : sur sonrapport, les prisons s’ouvrirent pour d’autres victimes, car il instituaaussi les lettres de cachet consulaires ; enfin Bonaparte , si bien servipar les hommes de la révolution qui composaient ses conseils, osa entiè-rement franchir les limites de la législation, et demander une loi qui,non-seulement établît des tribunaux criminels spéciaux partout où celaserait jugé nécessaire, mais aussi qui donnât aux consuls la facultéd’éloigner les personnes suspectes : cette proposition fut portée au tri-bunat ; ce corps mérita noblement sa disgrâce prochaine par une discus-sion orageuse à laquelle le sénatus-consulte d’office, qui frappait centtrente individus sans jugement, fournit encore des armes terribles.Jamais bataille législative ne fut plus longtemps indécise. A cette époque,le respect des citoyens, ainsi que le patriotisme des orateurs, était restéattaché à la tribune; elle retentissait toujours d’accents républicains;les débats n’avaient pas subi d’entraves; les lois n’étaient emportées nid’assaut ni de séduction. Alors Daunou, Chénier, Benjamin Constant ,s’illustrèrent en défendant les libertés publiques et en rejetant les inno-vations présentées par le conseil d’état. La lutte entre le pouvoir et letribunat dura sept séances ; la résistance des tribuns rappela les beauxsouvenirs de la législature française, et la faible majorité de huit voix,qui fit adopter la loi, rendit .chère aux Français la minorité qui l’avaitrepoussée. Cette minorité prouva à la nation que ses droits pouvaient