HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1800, 1801. 327
Cependant les victoires qui désarmaient la maison d’Autriche auxportes de Vienne, loin de comprimer dans Paris les ennemis du premierconsul, armaient contre lui de nouveaux assassins. Le 24 décembre(3 nivôse) avait été choisi, par des hommes de la bande de GeorgesCadoudal , pour atteindre, par l’explosion d’une machine infernale,Bonaparte sur la route de l’Opéra, où la représentation du fameux ora-torio de Haydn , la Création du monde, devait réunir le premier consul,sa famille, toute la cour, et l’élite de la société de la capitale. Les auteursde ce plan exécrable se nommaient Saint-Régent, ancien officier demarine, Carbon, Limoëlan, Joyaut, dit d’Assas , et Lahaie Saint-Hilaire.Ces monstres avaient, dit-on, délibéré si la machine ne serait pas placéesous la salle de l’Opéra. Vers les sept heures du soir une charrettechargée d’un baril de poudre et de balles fut traînée et portée dans unedes rues alors les plus populeuses de Paris , dans la rue Saint-Nicaise;Saint-Régent et Carbon , dit le petit François, étaient chargés de l’exé-cution. Bonaparte reçut quelques avis : à l’exemple de César, il les mé-prisa, et il ne dut la vie qu’à son cocher, qui, s’étant enivré, partit àloutes brides, et trompa de deux secondes seulement l’espérance desconspirateurs. Ils avaient froidement calculé le moment de l’explosion,sur le train ordinaire de la voiture du premier consul ; le nombre desvictimes n’était pas entré dans leurs combinaisons. Cinquante-six per-sonnes furent blessées et vingt-deux tuées. La foule immense qui rem-plissait l’Opéra était si tumultueusement occupée de l’arrivée du premierconsul, que le bruit de cette effroyable détonation n’y avait point péné-tré. Tout à coup quelques groupes se formèrent dans les corridors,( ‘t quelques loges devinrent silencieuses : déjà la nouvelle de l’événementcirculait. Bonaparte parut, et au même instant la salle retentit des plusv ifs applaudissements ; mais quand le péril qu’il venait de courir futconnu dans le parterre et dans toutes les loges, l’exaltation pubbquemonta à son comble. Une sorte d’ivresse enleva l’assemblée. Tous lesregards, tous les gestes, toutes les voix, se portèrent simultanéments, ir la loge du premier consul. Ce jour vit éclater sans doute son plusBeau triomphe ; il sut quel prix l’élite de la capitale attachait à sa con-servation. Son salut, disait-on, avait quelque chose de merveilleux. Ilriait bien l’homme des miracles. Aussi l’attentat du 3 nivôse affermitson pouvoir plus qu’aucune de ses victoires, parce que son existencefol proclamée soudainement un bienfait public. Échappé à ce danger