Band 
Tome premier.
Seite
343
JPEG-Download
 

HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1801. 343

politique que celle de lui enlever ce dernier appui. Dans le but de com-pléter le blocus-général qui alors entourait l’Europe , il résolut d’em-ployer l’Espagne à ses desseins contre la cour de Lisbonne . Il avaitchargé son frère Lucien d’aller, en qualité d’ambassadeur, négocier àMadrid l’envahissement du Portugal par les troupes espagnoles et lestroupes françaises combinées, démarche que précéda une propositionau cabinet de Lisbonne , de faire la paix sous la condition de renoncer àl’union britannique, de fermer ses ports à l’Angleterre et de livrer lequart du royaume aux armées françaises et espagnoles. Cette proposi-tion avait été rejetée par le prince régent avec d’autant plus de hauteur,qu’il savait qu’une pareille tirconstance lui permettait surtout de comp-ter davantage sur les secours du gouvernement auquel il se sacrifiait.Mais en Angleterre, où l’on calcule plutôt encore le profit que l’hon-neur national, le conseil décida que les préparatifs que l’on fit ouver-tement pour sauver le Portugal couvriraient une entreprise plus utile,si elle était moins généreuse. En effet, les vaisseaux stationnés pour ladéfense de ce royaume se dirigèrent vers l’Égypte , et la plus grandepartie des forces anglaises s’embarqua à Lisbonne même pour cette nou-velle destination. Ainsi le Portugal tomba tout à coup, par rapport àl’Angleterre, dans la même position où se trouvait au même moment leDanemark par rapport à la Suède , et il se vit aussi réduit à lui-même.

Le premier consul avait intéressé à la coopération de l’Espagne l’a-mour-propre du prince de la Paix, favori tout-puissant auquel obéis-saient le roi, la reine et la nation. Il eut l’air de le mettre à la tête decette expédition, composée d’une armée espagnole de quarante millehommes et d’une armée française rassemblée à Bordeaux , sous le nomd’armée des Pyrénées , aux ordres du général Gouvion-Saint-Cyr. Letitre de généralissime et celui de conquérant séduisirent Godoy : letraité fut signé à Madrid . Toutefois, le premier consul ne voulut pointcourir les chances d’une confiance entière dans les talents militaires dugénéralissime : il traça lui-même le plan de la campagne; mais, pourmieux en assurer l’exécution, il chargea le général Gouvion-Saint-Cyrd’aller prendre à Madrid la direction de cette guerre, et donna à sonheau-frère, le général Leclerc, l’armée d’invasion des Pyrénées . Cepen-dant, malgré ces précautions, l’ardeur belliqueuse du prince de la Paixlui échappa. Un corps de quinze mille Portugais s’était porté en avant;et , après l’échange des déclarations de guerre entre les deux états voi-