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HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4804.île cherchait à convertir les en n emis de la république que par la vic-toire. Devenu de fait le maître de la France , après en avoir été le libé-rateur, il marchait vers la domination absolue à la tète de la masse dela nation, et il sentit que les temps approchaient où il devait lui révélerhautement les secrets de sa politique et de sa gloire. Les empiétementsdu pouvoir échappaient aux Français , éblouis par tant d’éclat ; ils étaientpeut-être moins éclairés déjà sur les véritables intérêts de la liberté queles Français de 1789, qui l’avaient si unanimement et si généreusementsaluée à son berceau. Mais Bonaparte , dont la prudence égalait la force,jugea nécessaire de s’attacher encore la faveur publique par un bienfaitqui atteignît toutes les classes, c’est-à-dire par la paix générale.
Cette paix devait plutôt se négocier que se conquérir. Plusieurssymptômes annonçaient que la guerre couvrait la possibilité d’un arran-gement. Malgré le traité de Lunéville, l’ambassadeur de France , Otto,avait été retenu à Londres sous différents prétextes; un chargé d’affairesanglais séjournait à Paris ; les paquebots allaient continuellement deCalais à Douvres ; et enfin le ministère de M. Pitt, qui le premier com-battit la liberté française , venait de disparaître de la scène politique.Sa retraite était une grande révolution dans les conseils britanniques ;car Pitt, tant par ses antécédents que par l’opiniâtreté de sa haine contrela France, et particulièrement contre la personne de Bonaparte , dont legénie triomphait du sien, formait à lui seul un obstacle insurmontable àtoute concibation. Cependant, malgré ce nouvel état de choses, les hosti-lités maritimes, à défaut des hostilités continentales, se poursuivaientsur les deux rivages de la Manche avec la plus extrême vigueur.
Ce grand duel semblait interminable, en raison de la nature du champde bataille et de celle des griefs des deux partis : l’un ne reconnaissaitpas même l’état politique du gouvernement français , l’autre la souve-raineté des mers dont son rival était en possession. L’Angleterre comptaitalors cent trente mille marins, et sept cent quatre-vingts bâtiments deguerre qui régnaient sur tous les océans et bloquaient les ports de laïrance et de ses alliés. Resté seul armé contre ce terrible adversaire,Bonaparte trouva dans l’énergie de son caractère et dans celle de la na-tion assez de ressources pour ne pas se contenter de résister à la tem-pête britannique. Tous les points vulnérables des côtes de l’Océan secouvrirent de batteries et de redoutes , depuis l’embouchure de la Ga-ronne jusqu’à celle de l’Escaut. Une armée immense défendait toutes