HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1801-1804. 371
résistance qu’elle produirait nécessairement parmi les noirs, mais aussien raison des opinions de l’armée expéditionnaire elle-même. En effet,jamais armée plus républicaine ne mourut pour une cause plus antipa-thique à ses idées.
Cependant le général Kerverseau prit sans peine possession de lapartie espagnole et de la ville de Santo-Domingo ; Paul Couverture,frère de Toussaint, qui y commandait, offrit sa soumission après unsimulacre de défense. Le général Claparède occupa aussi Santiago,évacué par le mulâtre Clervaux. Le fort Dauphin opposa une vigoureuserésistance : il fallut un assaut pour que la forteresse se rendît au généralRochambeau. On y trouva cent cinquante pièces de canon. Le généralBrunet, commandant l’avant-garde, dut aussi enlever de vive force lesforts de l’Anse et de la Bouque. Le général Humbert attaqua le Port-de-Paix ; le général noir Maurepas, ne pouvant s’y maintenir, y mit lefeu ; retranché dans une position très-forte, ce chef repoussa Humbert,qui ne put opérer sa jonction aux Gonaïves avec la division Boudet :c’était un véritable échec. Le môle Saint-Nicolas céda à l’apparition d’unefrégate. Le 4 février, l’amiral Latouclie , dont l’escadre portait la divi-sion Boudet, parut en vue du Port-au-Prince . Le commandant était unblanc nommé le général Agé. Il reçut bien l’officier qui lui apportaitune lettre du général Boudet et la proclamation du gouvernement con-sulaire ; mais sa garnison se révolta. Elle retint l’aide de camp de Bou-det , destitua tous les fonctionnaires français , fit arrêter tous les blancs,et expédia, pour le consulter, un officier au noir Dessalines , chef mili-taire de la partie de l’Ouest, à Saint-Marc. Celui-ci se hâta de déclarerque, si l’escadre française entrait dans le port, la ville du Port-au-Prince serait brûlée et les blancs massacrés. En conséquence, le 6, legénéral Boudet débarqua, tandis que l’amiral Latouche menaçait avecses vaisseaux la plage et le fort Bizoton, qui couvrait la ville. Mais, parUne faveur de la fortune bien inattendue , ce fort important, qui obéis-sait au mulâtre Bardet, se soumit sans résistance avec sa garnison.Alors le général Boudet s’était rapidement porté sur la ville, afin d’enprévenir l’embrasement. L’escadre aussi pénétra brusquement dans lePort . Sommée de se rendre, la garnison répondit par un feu très-vif,e t l’escadre foudroya la ville, où se précipitèrent les grenadiers fran-çais . On se battit avec acharnement dans les rues. Enfin la valeur deUos soldats enleva le fort Saint-Joseph, et à sept heures du soir nous
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