370 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1801-1804.quarante-huit heures l’arrivée de Toussaint. Le cutter ayant passé, lesdeux frégates auraient pu le suivre et la flotte suivre les deux frégates :le général Leclerc et l'amiral Gravina le voulaient. Une mésintelligenceéclata entre l’amiral Yillaret et le général en chef, qui tous deux seprétendaient maîtres d’ordonner le débarquement.
Enfin, ce moment étant manqué, le général Leclerc se décida à opérersa descente plus à l’ouest; il commanda d’embarquer six mille hommes,malgré la violence de la mer. La tempête fut si forte, que le vaisseau lePatriote perdit une partie de sa mâture. A l’entrée de la nuit, les troupesmontèrent les canots, et le lendemain matin, au jour, le général en chefprit terre à leur tète auprès de Limbé ; il força tous les postes et arriva lesoir au bourg du Haut-du-Cap, qu’il trouva incendié et d’où il chassaChristophe. Peu d’instants après le départ du général Leclerc, la flotteavait vu une épaisse fumée sillonnée d’étincelles s’élever au-dessus desrochers qui couvrent les rivages de l’ouest. Elle entendit d’affreusesdétonations, et le ciel enfin chargé de flammes ne laissa plus douterque Christophe n’eùt exécuté son fatal arrêt contre la malheureuse villedu Cap. La nouvelle de la prise du fort Dauphin par le général Rocham-beau, et sa marche sur le Cap, poussèrent Christophe à effectuer sesmenaces ; ou plutôt, pour donner un récit véritable, au troisième ordrede Toussaint, son lieutenant avait dû obéir sous peine de mort. Le len-demain matin , le vent étant devenu favorable, la flotte avait suivi lesvaisseaux le Scipion et le Patriote, de 74, qui se présentèrent à la passeet répondirent au feu des forts. On franchit la passe , et le débarque-ment des équipages de la marine eut lieu, sous la conduite du généralHumbert, sur le sol embrasé du Cap. La jonction se fit au Haut-du-Cap avec le général Leclerc. De huit cents maisons, à peine soixanteéchappèrent à l’incendie. Tous les magasins ayant été brûlés, on se vitobligé de tirer des vaisseaux les provisions de la marine pour nourrivl’armée. Ainsi fut inaugurée cette fatale expédition.
Le gouvernement français eut beau proclamer à Saint-Domingue leprincipe de la liberté, le formidable armement de l’expédition annonçaitpar lui-même plutôt une conquête qu’une simple occupation nationale»Il semblait que les noirs eussent découvert les instructions données aucapitaine général. Leurs dernières dispositions prescrivaient au généralLeclerc le rétablissement de l’esclavage à Saint-Domingue ; mais cetteopération devenait difficile à exécuter, non-seulement en raison de la