HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1803. 389
daient à l’appel du sénat. Les troupes hâtèrent leur marche vers lesrivages des deux mers : l’Italie , comme la Hollande , voyait arriver denouveaux bataillons : les constructions se pressaient dans tous les ports ;Flessingue s’élevait sur d’imposantes fortifications, comme le grandarsenal du plus formidable des armements. En France et en Angleterretout respirait la guerre : il n’y avait de paisible que la diplomatie desdeux nations. Les conférences se succédaient à Paris entre le ministreTalleyrand et lord "Withworth avec une extrême sérénité de part etd’autre , mais sans rien résoudre. Malheureusement le premier consuls’impatienta des délais britanniques, et crut pouvoir les terminer enappelant lui-même à une entrevue particulière l’ambassadeur anglais .Voici les principaux traits de cette audience diplomatique, qui duradeux heures : « La paix, dit Bonaparte , n’a uniquement produit qu’unejalousie et une méfiance continuelle ; cette méfiance est aujourd’hui simanifestée, qu’elle a amené les choses à un point où il faut nécessaire-ment en finir.... Aucune considération sur la terre ne pourrait me faireacquiescer à ce que vous gardiez Alexandrie et Malte ; et s’il fallait opterentre ces deux alternatives, j’aimerais mieux vous voir en possession dufaubourg Saint-Antoine que de Malte.... Chaque vent qui souffle d’Angle-terre n’apporte que haine et inimitié contre moi.... Une descente est leseul moyen offensif que j’aie contre elle, et je suis déterminé à me mettremoi-même à la tête de l’expédition. Mais comment peut-on supposerqu’après m’être élevé à la hauteur où je me trouve, je voulusse risquerma vie et ma réputation, à moins d’y être contraint par la nécessité,lorsqu’il est probable que moi et la plus grande partie de l’expéditionnous irons nous perdre au fond de la mer ? Il y a mille à parier contreun que je ne réussirai pas ; mais je n’en suis pas moins décidé à tentercette descente, si la guerre doit être la conséquence de la discussionactuelle. Mes troupes y sont tellement disposées, qu’on n’aurait pas depeine à trouver une armée pour en remplacer une autre.... J’aurais pum’emparer de l’Égypte , depuis plus d’un mois, en envoyant vingt-cinqmille hommes à Aboukir.... mais je ne le ferai point, parce que l’Égypte ne vaut pas la peine d’une guerre qui m’exposerait à perdre plus queje ne pourrais gagner, puisque tôt ou lard l’Égypte appartiendra à la France ,
soit par la chute de l’empire turc, soit par quelque arrangement avec la Porte _
Deux puissances telles que la France et l’Angleterre, en s’entendantbien , pourraient gouverner le monde , mais elles pourraient aussi le boule -