HISTOIRE DE NAPOLEON . — 4804. 433
effrayante dans laquelle se trouvent la France et l’Europe ), je déclare,en présence de tous les souverains, que, loin de reconnaître le titreimpérial que Bonaparte vient de se faire déférer par un corps qui n’apas même d’existence légale (le sénat), je proteste contre ce titreet contre tous les actes subséquents auxquels il pourrait donnerlieu. »
Napoléon fit publier cette protestation dans Le Moniteur.
Peu de jours après, l’Empereur signala, par un grand acte de clé-mence, le premier moment de son règne. Vingt des coaccusés deGeorges Cadoudal avaient été condamnés à mort, le 10 juin, par letribunal criminel de la Seine ; et d’autres, notamment le général Moreau,à deux années de détention. Au nombre des premiers on comptait :Armand de Polignac, le marquis de Rivière, Bouvet < Lozier, legénéral Lajolais, Russilion, Rochelle, Gailliard et Charles d’Hozier .L’impératrice Joséphine joignit ses larmes à celles de madame de Poli-guac. Je puis pardonner à votre mari, dit Napoléon , car c'est à ma vie qu’onen voulait. La grâce d'Armand de Polignac fut prononcée. MadameMurat se chargea de celle de M. de Rivière , et l’obtint. Le généralRapp, aide de camp de Napoléon, alla à Saint-Cloud solliciter cellede Russilion : il réussit comme madame Murat. L’Empereur remitencore leur peine à cinq autres ; ainsi huit des conjurés échappèrent àl’échafaud.
Georges, n’ayant pas voulu demander sa grâce, périt avec douze deses complices. Napoléon commua la détention prononcée contre Moreauen un exil aux États-Unis .
Ces commencements sont beaux. La France applaudit à ces éclatantstémoignages d’une véritable générosité. Elle jugea que celui-là étaitdigne de la gouverner, qui exerçait d’abord, en faveur de ses ennemis,la plus belle prérogative du pouvoir. Mais tandis que Napoléon , par unacte de son conseil privé, donnait la vie à des conspirateurs que la loiavait frappés, il faisait justice, par un décret impérial, des sectaires deLoyola, qui, sous le nom de Frères de la foi, à! Adorateurs de Jésus , dePaccanaristes , venaient d’élever plusieurs établissements sur les ruinesde la république et sur les fondations de l’empire. Comme Napoléon nedoit pas prendre le titre de défenseur de la foi , laquelle ne lui semblePas en danger, il n’a pas besoin de cette milice secrète, de ce corps de
28
i.