HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1805. 453
récompensa les plus braves par la décoration de la Légion d’honneur ,il posa solennellement la pierre du monument que sa reconnaissanceélevait aux héros moissonnés à Marengo. C’était rentrer à Milan par unarc de triomphe. Parmi ces victimes de la gloire que le vainqueur seplaisait à honorer dans leur tombeau, le nom de l’illustre Desaix nepouvait être oublié. D’Alexandrie, Napoléon partit pour Pavie, où lereçut M. de Melzi. Enfin, le 8 mai, Napoléon fit à Milan une entréemagnifique; le 26, eut lieu le second couronnement. Napoléon fut sa-cré par l’archevêque cardinal Caprara. Cette cérémonie effaça celle deParis par sa splendeur historique. Au bout de dix siècles, la couronnede fer des Lombards, placée sur la tète d’un empereur des Français ,apprenait au monde que Charlemagne avait un successeur. Ainsi qu’àParis, Napoléon se couronna lui-même, et en prenant la couronne surl’autel : Dieu me la donne, dit-il à haute voix, gare à qui la touche!L’ordre de la Couronne de fer fut créé avec ces mots pour devise. Le8 juin, Napoléon nomma le prince Eugène vice-roi d’Italie . Il ne pou-vait donner à ses nouveaux sujets un gage plus certain de son affection,qu’en choisissant pour le représenter comme souverain, le fils de souadoption et l’élève de sa gloire militaire.
Le 4 juin, le doge Durazzo, l’archevêque de Gènes et une députa-tion du sénat de cette république, étaient venus à Milan demander laréunion de l’état de Gênes à l’empire français. Le 9, M. de Champagny,ministre de l’intérieur, proclamait à Gènes ..ette incorporation, ainsique la division du territoire en trois départements : Gènes, Montenotteet les Apennins. Le même jour, l’Empereur présida à Milan l’ouverturesolennelle du corps législatif d’Italie , et reçut le serment du vice-roi.Il termina son discours par ces paroles, qui devaient épouvanter lamaison d’Autriche : « J’espère qu’à leur tour tous mes peuples d’Italie voudront occuper la place que je leur destine dans ma pensée; ils n'yparviendront qu’en se persuadant bien que la force des armes est leprincipal soutien des états. Il est temps enfin que cette jeunesse qui vitdans l’oisiveté des grandes villes, cesse de craindre les fatigues et lesdangers de la guerre.»
L’Italie releva noblement, sous son vice-roi, le gant que venait dejeter Napoléon . La gloire militaire du nouveau peuple débuta par éten-dre celle de la France , vécut son égale, et mourut avec elle du mêmesupplice, l’invasion étrangère et la trahison.