HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1806. 497
Le style de M. de Knobelsdorf changea bientôt. Peu de jours après ledépart de l’Empereur, il adressa de Metz au prince de Bénévent une lettredu roi à l’Empereur, accompagnée d’une note où il était dit :
« Le soussigné a reçu l’ordre de déclarer que le roi attend de l’équitéde l’Empereur : 1° que toutes les troupes françaises sans exceptionrepassent incessamment le Rhin , en commençant leur marche du jourmême où le roi se promet la réponse de l’Empereur, et en la poursui-vant sans s’arrêter ;... 2° qu’il ne sera plus mis de la part de la France aucun obstacle quelconque à la formation de la ligue du Nord, qui em-brassera, sans aucune exception, tous les états non nommés dans l’actefondamental de la confédération du Rhin. Le soussigné est chargé d’in-sister avec instance sur une réponse prompte qui, dans tous les cas,arrive au quartier général du roi le huitième octobre.... »
« Maréchal, dit l’Empereur au prince de Neuchâtel , on nous donneun rendez-vous d’honneur pour le 8 : jamais un Français n’y a manqué!Mais , comme on dit qu’il y a une belle reine qui veut être témoin descombats, soyons courtois, et marchons sans nous coucher pour laSaxe. » En effet, la reine de Prusse était à l’armée, portant l’uniformede son régiment de dragons. « Il me semble , disait le premier bulletinde Napoléon , voir Armide dans son égarement, mettant le feu à sonpropre palais. »
Ainsi le roi de Prusse, entraîné par des conseils aussi aveugles queperfides, et tout à coup emporté hors du cercle de sa position euro-péenne , osait, sous de vains prétextes de plaintes, imposer avec arro-gance au vainqueur d’Austerlitz des conditions déshonorantes pour sesarmées et pour lui ! Le cabinet prussien n’ignorait pas la raison de laprolongation du séjour de quelques troupes françaises en Allemagne .H savait que ces troupes devaient revenir en France aussitôt que l’Au-triche aurait réglé définitivement avec la Russie , en vertu du traité dePresbourg, la remise des bouches du Cattaro : or, cette clause était siloin d’être remplie que, les 20 et 30 septembre, les généraux Marmontet Lauriston chassaient de Castel-Novo et des défilés de Bielbrich uncorps de six mille Russes , accru de dix mille Monténégrins ; et quel’amiral russe Siniavin refusait, à cause de la rupture de la Prusse , deremettre Cattaro aux Français .
On a peine à concevoir encore cette étrange audace du cabinet prus-sien , qui avait envoyé M. de Knobelsdorf à Paris avec des lettres de
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