498 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1806.
créance, quand il devait, trois semaines après, déclarer la guerre.Une telle démarche n’appartient qu’à un gouvernement dont la forceassure l’impunité ; laPrusse ne pouvait attendre ce résultat de sa haute im-prudence, quoique l’intérêt deNapoléon ne fût pas d’en appeler aux armesquand lord Lauderdale se trouvait encore à Paris en négociation pourla paix générale. L’ultimatum de la Prusse donna le signal de la retraiteà ce plénipotentiaire ; il demanda et obtint ses passe-ports dans les pre-miers jours d’octobre. Fox avait emporté dans la tombe toute l’espé-rance de la paix du monde. La Prusse suivait dans sa politique l’exemplede la Russie , qui venait de signer un traité avec la France pour cou-vrir ses derniers préparatifs , et qui le rompit par un simple désaveude son représentant. Dans son agression , c’était l’Autriche que cettemême Prusse imitait : Frédéric-Guillaume avait envahi la Saxe , commeFrançois II la Bavière , sans déclaration de guerre. Il fallait donc ré-pondre aussi à la Prusse par une autre bataille d’Austerlitz, et la Prussene comptait pas pour se défendre sur l’armée de cette puissance duNord dont elle avait la témérité d’embrasser la querelle. Si Frédéric-Guillaume , au lieu de se faire l’instrument aveugle d’une cause aussiétrangère à la sienne , eût pris la résolution d’accéder à la confédéra-tion du Rhin , qui n’était une barrière que contre la Russie , il sauvaitson honneur et son indépendance, et la Russie , battue et graciée àAusterbtz , n’aurait pu reparaître comme dominatrice dans les affairesde l’Europe. Peut-être encore, pour obtenir ce grand résultat, Napoléon ,au moment du traité de Presbourg , eût-il dû songer à l’érection d’unroyaume de Pologne , et n’user de générosité ni envers Alexandre, nienvers son armée. La Pologne formait alors la tête de pont de la Prusseconfédérée avec la France , de la Prusse devenue ce grand état intermé-diaire que la politique demande en vain depuis le règne de Catherine II .
L’Empereur arrive le 28 à Mayence, passe le Rhin le I er octobre,s’arrête chez le prince primat à Aschaffenbourg , et le soir à Würtz-bourg, chez le nouveau grand-duc, son allié depuis peu de jours ; deWürtzbourg, il porte son quartier général à Bamberg , et met son ar-mée en mouvement. Elle est divisée en sept corps, commandés parles maréchaux Bernadotte , Lannes, Davoust, Ney, Soult, Augereau etLefebvre. Le grand-duc de Berg commande la réserve de la cavalerie ;un huitième corps, aux ordres du maréchal Mortier , se rassemble surles frontières de la Westphalie . Le centre de l’armée se compose de la