500 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1806.
seul possède le secret, a voulu, au jour des périls appelés par la qua-trième coalition sur la tète de sou protecteur, se mettre à l’abri d’uneruine que les nombreux agents de l’Angleterre lui présentent commeinévitable et prochaine ; il a voulu se ménager des droits à la bienveil-lance de ceux qui consommeront sa perte. Cependant, troublé aussi parune sorte d’incertitude, il n’ose pas hautement nommer l’ennemi qu’ilsert depuis six ans ; il se contente de provoquer d’une manière ambi-guë la nation espagnole à se lever pour la défense commune. Cette pro-clamation , où le prince de la Paix demande des chevaux et des cavaliersà l'Andalousie et à l’Estramadure , est un de ces documents trop ridi-cules pour trouver place dans l’histoire d’une si grande époque. Napo-léon feint de ne pas se reconnaître dans cette proclamation, exigequinze mille hommes de l’Espagne , et ordonne froidement la batailledu 14 ; mais avant de la livrer, fidèle encore au système de prévenancequ’il a adopté dès le principe, il écrit au roi de Prusse :
« Si j’étais à mon début dans la carrière militaire, si je pouvais crain-dre les hasards des combats, le langage que je tiens à Votre Majestéserait tout à fait déplacé : mais Votre Majesté sera vaincue ; et, sansl’ombre d’un prétexte, elle aura compromis le repos de ses jours etl’existence de ses sujets. »
Cette lettre resta sans réponse.
Dès le 12, les deux généraux opposés avaient presque toutes leurstroupes sous la main et prêtes à agir ; le 13, sans aucune raison pourle contraindre à cette résolution , le roi de Prusse divise son armée endeux parties : l’une, composée de soixante-dix mille hommes environ,marche sur Auerstaedt, à six ou sept lieues du théâtre où l’autre partiede ses forces doit combattre. Napoléon , au contraire, ne fait que réunirses masses ; la même nuit du 13, pendant que ses ennemis sommeillentdans leur camp, dispersés sur une espace de trente-cinq lieues, et sanssoupçonner l’action du lendemain, il achève toutes les dispositions d’unevictoire assurée. Dès la veille, il occupe avec un corps de sa garde etune forte artillerie le Landgrafenberg, position dominante dont il a re-connu d’abord l’importance, et qui devait avoir sur l’affaire d’Iéna lamôme influence que le Santon d’Austerlitz sur la bataille des trois em-pereurs. Tous ses ordres sont expédiés, tous ses maréchaux à leurposte. A quatre heures du matin, il parut devant plusieurs lignes etleur dit : « Soldats, l’armée prussienne est coupée comme celle de