4 L HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1807.
cipes de neutralité armée que lui a légués Catherine II ; il proscrit,en outre, toute communication entre les deux états, jusqu’à ce quele Danemark soit satisfait et jusqu’à la paix de la France avec laGrande-Bretagne. Le 10 novembre, ce prince, dont aucune influenceétrangère n’altère encore la politique, accède entièrement à toutes lesconditions du système continental , et fait exécuter dans la Russie entière les mesures rigoureuses de ce pacte contre les sujets, les pro-priétés et le commerce de l’Angleterre. Le traité de Tilsitt semblait avoirjeté de profondes racines dans l’esprit d’Alexandre ; il s’en montrait l’ob-servateur dévoué. Jamais alliance entre les deux plus puissants empe-reurs de l’Europe n’avait été cimentée par de plus grands engagements.L’Angleterre ne peut rien contre cette loi commune du continent ; aussielle en a calculé toute la force, elle connaît tout son danger, et en effet,par l’exécution non interrompue du traité de Tilsitt, Napoléon eût at-tendu sur le trône continental la chute du trône insulaire.
Le Portugal seul, en Europe , est resté accessible à l’influence directede la Grande-Bretagne. C’est donc là que Napoléon doit chercher à at-teindre sa rivale. Dans les premiers jours de septembre, la cour de Lis bonne avait reçu de celle des Tuileries la proposition formelle d’adhérerau blocus continental, et, en cas de refus, elle devait être traitée commeennemie de la France . C’était une représaille régulière de l’attentat deCopenhague . Le gouvernement portugais avait espéré d’abord pouvoirlouvoyer entre l’Angleterre qui le dominait et la France qui le mena-çait; mais, comme l’écrivit lordStrangford, ambassadeur d’Angleterre,à M. Canning, le 29 novembre : « Le 8 du courant, Son Altesse Royalese laissa aller à signer un ordre pour la détention du petit nombre desujets anglais et pour le séquestre de ce qui restait encore de leurs pro-priétés à Lisbonne .» Alors cet ambassadeur prit ses passe-ports, et, s’é-tant retiré à bord de l’escadre de Sidney Smith , le blocus du Tage futrigoureusement établi. Cet ennemi étant plus proche que les Français ,le prince régent renoua avec lord Strangford, qui décida aussi le départde toute la famille. Les ambassadeurs de France et d’Espagne , qui fai-saient cause commune et qui menaçaient, dès le 27 septembre, de de-mander leuis passe-ports, avaient quitté Lisbonne le 2 octobre. Depuistrois semaines, le général Juuol commandait à Bayonne une armée devingt-huit mille hommes; le 17, elle se mit en mouvement pour entreren Espagne et se diriger sur le Portugal . Le 27 du même mois, un traité
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