HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1815. 419
les représentants et les électeurs de l’empire. Si Napoléon eût entendule vœu de tant de citoyens et de soldats, il aurait conçu dès lors tousses périls, et il aurait su qu’il n’eût pas été absous de sa dictature im-périale par la victoire elle-même.
L’Empereur, le 7 juin, à l’ouverture des chambres, prononça undiscours remarquable par ce début, qui contenait une abjuration desmaximes du pouvoir absolu, bien étonnant dans la bouche d’un sou-verain accoutumé à voir tout céder à sa seule volonté :
« Depuis trois mois, les circonstances et la confiance du peuplem’ont revêtu d’un pouvoir illimité. Aujourd’hui s’accomplit le désir leplus pressant de mon cœur. Je viras commencer la monarchie consti-tutionnelle : les hommes sont trop impuissants pour assurer l’avenir;les institutions seules fixent les destinées des nations. »
Quelques jours après, la chambre des pairs et la chambre des repré-sentants ayant été admises cà apporter leurs adresses au pied du trône :
« Sire, dit la première, vous avez manifesté des principes qui sontceux de la nation.... Oui, tout pouvoir vient du peuple. La monarchieconstitutionnelle est nécessaire au peuple français , comme garantie desa liberté et de sou indépendance.... Si la fortune trompait vos efforts,des revers, Sire, n'affaibliraient pas notre persévérance et redouble-raient notre attachement pour vous.... » Ces paroles furent prononcéessolennellement le 11 juin. La chambre des représentants s’exprimaainsi par l’organe de son président :
« .... Attaquer le monarque de son choix, c’est attaquer l’indépeiHdance de la nation; elle est armée tout entière pour défendre cette in-dépendance et repousser sans exception toute famille et tout princequ’on oserait vouloir lui imposer. Aucun projet ambitieux n’entre dansla pensée du peuple français; la volonté même du prince victorieux se-rait impuissante pour entraîner la nation hors des limites de sa propredéfense.... Si tous ces efforts devenaient inutiles, que les malheurs dela guerre retombent sur ceux qui font provoquée !... »
L’Empereur répondit à ces deux adresses avec une haute dignité etune fière indépendance.
Il dit aux pairs :
« La lutte dans laquelle nous sommes engagés est sérieuse. L’en-trainement de la prospérité n’est pas Je danger qui nous menace au-jourd’hui. C’est sous les Fourches Caudines que les étrangers veulent
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