HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1815. 429
comme l’action commençait, Napole'on expédia au maréchal un qua-trième ordre, ainsi conçu : « Tous devez manœuvrer sur-le-champ, demanière à envelopper la droite de l’ennemi, et tomber à bras raccourcissur ses derrières. Cette armée est perdue si vous agissez vigoureuse-ment. Le sort de La France est dans vos mains. Ainsi n’hésitez pas un instantpour faire le mouvement que l’Empereur vous ordonne, et dirigez-voussur les hauteurs de Bry et Saint-Arnaud pour concourir à une victoirepeut-être décisive. L’ennemi est pris en flagrant délit au moment où ilcherche à se réunir aux Anglais . » Cet ordre fut remis au maréchal à sixheures du soir par le colonel Eorbin-Janson. Après le départ de cetofficier, Napoléon dit au général Gérard partant pour emporter Ligny :« Il se peut que dans trois heures le sort de la guerre soit décidé. SiNey exécute bien les ordres, il ne s’échappera pas un canon de l’arméeprussienne : elle est prise en flagrant délit. » Mais la plus désastreusefatalité devait rendre bien incomplet le résultat des combinaisons quele génie de Napoléon avait méditées dès la réunion de son armée àPhilippeville .
Dans sa route, le colonel Forbin-Janson rencontra le comte d’Erlon ,qui, retardé dans sa marche , ainsi que l’avait été le maréchal Grou-chy, se rendait enfin aux Quatre-Bras à la tête du 1 Cl ' corps ; il luidonna communication de l’ordre relatif à l’aile gauche. Le général s’étaitempressé de s’y conformer , et déjà la division Durutte , qu’il avait entète , était arrivée à la hauteur de Villers-Peruin : c’était dans le mo-ment où Blücher renouvelait ses attaques contre Saint-Arnaud, défen-due par Yandamme. Sur sa gauche , à Ligny, la bataille conduite parle comte Gérard était devenue terrible. Ce village fut pris et repris jus-qu’à quatre fois, toujours avec la même valeur et la même opiniâtretédes deux parts. Le combat se prolongeait par le nombre des troupesennemies, et présentait une effroyable scène de carnage. Toutefois,la résistance des Prussiens commençait à mollir , et l’intrépide Gérardétait près d’enlever Ligny, quand l’apparition d’un corps signalé surles derrières ralentit son attaque. La garde impériale, qui se portait àson secours, suspendit sa marche pour aller au-devant de la colonneinconnue. C’était le corps de d'Erlon. Cet incident fit perdre troisheures bien précieuses. Cependant, l’Empereur attendait l’attaque ded’Erlon sur Bry : l’arrivée imprévue de ce général réalisait en partiel’espérance qu’il avait attachée au mouvement de l’aile gauche sur ce