HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1815. 441
qu’il demande et qu’il affronte comme un soldat. La mort ne veut pasdevons, lui disent les grenadiers, retirez-vous! Enfin il se décide às’éloigner de ce théâtre de destruction sans combat, où sa perte neserait qu’un malheur de plus pour la France et pour l’armée. Le feudes alliés se fait encore entendre déjà bien au delà de l’espace que nostroupes doivent parcourir pour commencer la retraite. Plusieurs offi-ciers et soldats, ne pouvant se servir de leurs armes contre les ennemis,les tournèrent contre eux. On dit même que quelques-uns s’aidèrent àaccomplir ce dernier sacrifice d’un héroïque désespoir. L’intrépidegénéral Duhesme, blessé, tomba dans les mains des Prussiens quil’égorgèrent! Les Belges couvrirent de leur courageuse amitié ceux denos braves qui respiraient encore ; ils veillèrent toute la nuit sur leterrain où venait de s’éteindre la gloire des cinquante batailles rangéesque les Français avaient gagnées avec Napoléon .
Arrivé à Genappe avec son état-major, l’Empereur essaye d’y réunirquelques troupes pour former l’arrière-garde et mettre un terme auxpoursuites de l’ennemi : la nuit, la confusion d’une déroute générale,l’encombrement des hommes et des chevaux, tout s’oppose à la résolu-tion de l’Empereur. Il quitte Genappe , s’arrête quelques heures àPhilippeville, et entre, le 20 , à Laon , où les gardes nationales d’uncôté, les paysans de l’autre, pourvus de toutes sortes d’armes, l'ac-cueillent aux cris de vive l’Empereur ! et lui proposent le secours deleur généreux dévouement. Satisfait du courage de ces braves gens,Napoléon les remercie et charge le maréchal Soult de rallier les corpsde l’armée, diminuée de vingt-cinq mille hommes, dont huit mille pri-sonniers et dix-sept mille tués ou blessés ; la perte de l’ennemi avait étéégale à celle des Français . Jérôme ramène vingt-cinq mille hommes,avec cinquante pièces de canon ; la garde impériale , sous les ordres deMorand et de Colbert , se réunit à eux sous les murs d’Avesnes. D’unautre côté, Bapp a reçu l’ordre de venir les rejoindre avec vingt-cinqmille hommes d’élite , et Grouchy , dont le corps d’armée de trente-mille hommes, est intact, opère sa retraite, après avoir battu Thiel-rnann, à Wavre, et menacé Bruxelles. Sous peu de jours, Napoléon pourra couvrir Paris avec cent vingt mille hommes de vieilles troupeset trois cent cinquante bouches à feu.
Il veut rester à Laon et y défendre les approches de la capitale. Leconseil de ses généraux combat ce projet, et le détermine à quitter