CHAPITRE II.
En 17Ù6, Guettard a donné un Mémoire et une Carte minéralo-gique sur la nature et la situation des terrains qui traversent laFrance et VAngleterre (1). La zone crétacée et jurassique du nordde la France , désignée sous le nom de pierre blanche, est assezexactement indiquée sur cette carte par des hachures ondulées,comme si elle représentait un bras de mer. Le mémoire explicatifprouve que l’auteur, dont les ouvrages n’ont pas toujours été estimésà leur juste valeur, soit qu’ils fussent trop avancés pour leur temps,soit parce qu’ils n’étaient pas revêtus de formes assez attrayantes,avait parfaitement saisi la théorie de la succession et de la continuitédes couches sédiinentaires. Ainsi Guettard avait très bien aperçuque les diverses roches formaient, dans le nord de la France , desbandes concentriques autour de l’emplacement de Paris , et l’onpeut reconnaître encore dans les dénominations qu’il a employéesles dépôts jurassiques dont nous allons traiter.
Monnet (2), observateur exact, scrupuleux, que nous auronssouvent occasion de citer pour ses descriptions locales dans l’est etdans le nord, ne paraît pas avoir compris la justesse des vues deGuettard , et par conséquent la loi de succession des roches secon-daires. Buflon (3) lui-même, malgré toute sa faculté de généra-lisation et la rapidité avec laquelle il saisissait les grands aperçus, acomplètement méconnu ce qu’avaient d'important à cet égard lesrecherches de son contemporain.
En 1822, M. d'Omalius d’IIalloy, réunissant ses propres obser-vations aux documents qu’avait rassemblés Coquebert de Montbret,donna l 'Essai d’une carte géologique de la France et de quelques
(1) Histoire de VAcadémie des sciences (1 9 fév. 1746), 1751,p. 363, pl. 31.
(2) Description minéralogique de la France , 1780.
(3) Époques de la nature, 4 e époque , vol. V, p. 21 3, édition de1778.