468 MÉMOIRES DF. NAPOLÉON.
trouvait facile et doux de les croire ; son enthou-siasme acheva de les égarer. La nation semblaitcélébrer une fête, quand elle aurait dû prendrele deuil, ou quand la seule fête qui nous fûtpermise était celle de Léonidas et de ses Sparliâ-tes, se préparant par des jeux à une mort qu’ilssavaient certaine, et se consolant d’avance parle charme du devoir rempli. Napoléon, sur dela victoire prodiguait les précautions comme s’ilavait été sûr d’être battu : nous, avec mille rai-sons de craindre , nous ne combinions rien pourle cas d’un premier désastre. Au lieu de fortifier,quand ce n’eût été qu’à la hâte, et comme lesFrançais savent le faire, les passages de l’Elbe ,Wittemberg, Dessau , nous nous exposions à cequ’une bataille perdue ouvrît à l’ennemi la routede la capitale. Au lieu de nous dire que nouspouvions être poussés jusqu a la ligne de l’Oder ,nous laissions tranquillement dans Berlin desrichesses militaires précieuses, et dans les pla-ces qui bordent ce fleuve des commandants im-béciles ou peu sûrs. A quoi bon, en effet, desforteresses? Nous en avions une, c’était l’armée;c’était là le rempart inexpugnable à l’abri duquelnous bravions les événements. Les régimentspassaient l’un après l’autre par la capitale,avec des chants de victoire, et la foule cou-rait se repaître de leur joie, et pas un pressen-