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déposé les matériaux de la formation erratique, et a produit les mar-ques de frottement, les stries et les sillons observés ,sur les rochers.Les cascades auxquelles il a donné lieu ont opéré l’érosion deschaudières ou pots de géants. Les accumulations de débris errati-ques les plus méridionales, en forme de digues ou de bandes, se-raient les moraines qu’il a déposées pendant son plus grand déve-loppement, et les césars, des moraines aussi formées, les unes parles oscillations que le grand glacier éprouva lors de sa retraite, lesautres par les glaces qui durent se conserver sur les montagnes etles plateaux élevés, longtemps encore après que les contrées bassesen eurent été débarrassées.
Les matériaux qui constituent le diluvium, tant en dedans qu’endehors des limites du dépôt erratique, ont été apportés par les ri-vières et par le courant sous-marin, et la plus grande partie auraitété déposée pendant la fonte ou la retraite du glacier. Enfin les dé-bris anguleux et les blocs d’un gros volume, disposés à la surfacedu sol ou ensevelis dans le diluvium, mais se trouvant les uns etles autres en dehors des limites du dépôt erratique, ont été trans-portés par des glaces flottantes détachées du glacier. De ces blocsde glace, les uns ont été entraînés par les rivières, les autres, flot-tant sur la mer, ont été poussés vers le sud par la force des vents.
Ces idées, émises par M. de Charpentier , alors que les ouvragesdont nous venons de parler avaient été publiés, nous semblentprouver que ce géologue, si excellent observateur de la nature, etordinairement si réservé dans ses déductions, non seulement n’avaitpoint étudié les pays auxquels il appliquait si facilement l’hypo-thèse de Plavfair, et non de M. Venetz comme on l’a cru, maisencore qu’il connaissait peu les travaux exécutés dans le nordde l’Europe , sans quoi un esprit aussi judicieux que le sien n’eûtpas manqué d’être frappé de l’impossibilité de généraliser unprincipe qui se trouve à chaque pas contredit par les faits. Noussommes loin de prétendre qu’il n’v ait pas eu, à une certaineépoque, des glaciers plus étendus qu’aujourd’hui, mais ce que nousobjectons, c’est que la série des phénomènes complexes qui se sontproduits dans le nord ne peut s’expliquer comme M. de Charpen tier a tenté de le faire. Il suffit pour le démontrer de rappeler quele phénomène qui a produit les stries et les sillons est antérieur àla formation des argiles et du sable coquillier de la Norwège et duDanemark , et que les césars de la Suède , plus récents encore,avec leurs coquilles identiques à celles de la Baltique actuelle et les