DES CATACOMBES. 53g
ïl’est point confondu avec les pauvres, l’opulenceachète le droit de pourrir à part. Ce n’est pas tout :un peu de terre suffirait ; on veut un mausolée ; oncache le néant sous le faste des inscriptions, et lapoésie, trop souvent aux gages des heureux dusiècle, vient encore flatter leur poussière, comme sielle pouvait se convertir en or pour payer le men-songe.
Nos Catacombes offrent un spectacle bien différent.Là , plus de monumens , plus d’épitaplies , pl us debrillantes impostures, le néant y est nu , on n’y voitque des ossemens, lorsque l’orgueil ne pourrait yreconnaître les siens ; tous sont confondus. L’étiquetteest bannie de ces immenses magasins de la mortalité.Le hasard, seul maître des cérémonies de ce lugubreempire, a fixé les rangs. Il faut donc s’attendre auxrapprochemens les plus bizarres. Le savetier est au-dessus de Son seigneur ; Ramponneau et le fermier-général sont nez à nez ; et, ô scandale ! la femmed’un échevin est placée au-dessous de sa cuisinière.Néant, vaines grandeurs $ l’inscription est juste,puisqu’ici l’échevinage même a perdu ses privilèges.Qui sait si, dans ce désordre, et par un de ces jeuxsi familiers au hasard, on ne trouverait pas un illustrecapitaine auprès d’jm bedeau de Saint-Méry, ungrand auteur près d’un paillasse de nos boulevards;-enfin, une demoiselle dé l’Opéra côte à côte d’unfrère queteur des Capucins ! O néant ! ô vaines gran-deurs ! que ne peut-on pas se figurer, quand on voit
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