Dans l’origine , ces pépinières de moines n'étaient pasdestinées à produire des plantes parasites^), la règle de saintBenoît leur prescrivait même de cultiver la terre de leurspropres mains, quand leur esprit se trouvait fermé à touteculture intellectuelle. On leur recommandait de fuir l’oisi-veté , et le temps qui n’était pas destiné à chanter leslouanges du Seignenr devait être utilisé pour défricher lesterres incultes qui environnaient ordinairement les nou-veaux. monastères. Dans quelques abbayes on conseillaitd’échanger ces terrains contre des terres vagues, couver-tes de ronces et d’épines, afin d’entretenir l’activité et l’a-mour du travail parmi les cisterciens. Mais les actes deLucelle ne nous apprennent rien de semblable; il paraîtmême que de bonne heure on abandonna aux serfs et auxpauvres frères lais le soin de défricher les terres de l’ab-baye.
Dès que l’entreprise des neveux de Berthold fut con-nue , les empereurs, les papes et les évêques l’approuvè-rent et la confirmèrent. ( 2 ) La noblesse du voisinage s’em-
C) Trithemius , t. I, p. 312. « In magna paupertate hic ordo cocpit, et inpaucis annis mirabiliter suecrescens, et dilatatus reiiquis omnibus locuple-tiorevasit. « Anno 1098.
Sinner, voyage dans la Suisse occidentale, nous dit, t. II, p. 150. ■ Lors-que les premiers chrétiens imaginèrent d’appeler monachus un moine oureligieux quise retiraitdu monde pour s’ensevelir dans la dévotion la plusrigoureuse ; ils ne prévoyaient pas qu’un jour on appellerait du même nomdes congrégations de 40 ou 30 hommes robustes, distingués du reste dumonde par l’habillement, jouissant de revenus considérables et faisantbonne chère. »
(“) Lucelle fut fondé en 1125 ; l’évêque de Bâle, Berthold de Neuchâtelet Saint-Bernard posèrent la première pierre de ce monastère , et les troisfondateurs firent travailler avec tant d’activité à sa construction , que le 8avril de l’année suivante, l’église et le couvent furent prêts à recevoirdouze moines qui arrivèrent de Belleval sous la conduite d’Etienne, pre-mier abbé de Lucelle . L’empereur Henry confirma celte fondation le 8janvier 1125. Humbert, archevêque de Besançon, et Adalbert , évêque deBâle, en 1156, Innocent III , en 1139, etc. Arch. de Lucelle . — Buchinger.Walch et autres.