*S A R S A C E
indépendant, parce que je suis sanspatrie , libre au milieu des forêts commeles lions , je commencerai à avoir uneame commune, si je reste un hommecommun.
Je m’accoutumai peu à peu à cesidées. Il est attaché à la nature qu’àmesure que nous sommes heureux,nous voulons l’être davantage. Dans lafélicité même , il y a des impatiences.C’est que, comme notre esprit est unesuite d’idées , notre cœur est une suitede désirs. Quand nous sentons que notrebonheur ne peut plus s'augmenter, nousroulons lui donner une modificationnouvelle. Quelquefois mon ambitionéloit irritée par mon amour même : j’es-pérois que je serois plus digne d’Arda-sire , et, malgré ses prières, malgré seslarmes, je la quittai.
Je ne vous dirai point l’affreuse vio-lence que je me fis. Je fus cent fois surle point de revenir. Je voulois m’allerjeter aux genoux d’Ardasire ; mais lahonte de me démentir, la certitude queje u’aurois plus la force de me séparerd'elle, l’habitude que j’avois prise decommander à mon cœur des choses dif-ficiles; tout cela me fit continuer monchemin.