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Je fus reçu du roi avec toutes sortesde distinctions. A peine eus-je le temps-de m’appercevoir que je j’étois étranger.
J étois de toutes les parties de plaisir : ilme préféra à tous ceux de mon âge, etd ri’j eut point de rang ni de dignitéque je ne pusse espérer dans la Margiane.
J’eus bientôt une occasion de justifiersa faveur. La cour de Margiane vivoitdepuis long-temps dans une profondepaix. Elle apprit qu’une multitude infiniede Barbares s’étoit présentée sur la fron-tière, qu’elle avoit taillé en pièces l’ar-mée qu’on lui avoit opposée, et qu’ellemarchoit à grands pas vers la capitale.Quand la ville auroit été prise d’assaut,la cour ne seroit pas tombée dans uneplus affreuse consternation. Ces gens-làn’avoient jamais connu que la prospé-rité. Ils ne savoient pas distinguer lesmalheurs d'avec les malheurs, et ce quipeut se rétablir d’avec ce qui est irrépa-rable. On assembla à la hâte un conseil,et, comme j’étoîs auprès du roi , je fusde ce conseil. Le roi étoit éperdu , etses conseillers n’avoient plus de sens. 11étoit clair qu’il étoit impossible de lessauver, si on ne leur rendoit le courage.Le premier ministre ouvrit les avis. Il