n6 Éloge
un peu déplacé dans notre nation, siles grandes âmes et le mérite personnelavoient un pajs.
Il ne savoit jamais dire de ces chosesqu’on appelle de jolies choses. Il étoitsur-tout exempt de ces fautes sans nom-bre que commettent continuellementceux qui s’aiment trop eux-mêmes.... Ilprenoit presque toujours son parti delui-même : s’il n’avoit pas trop bonneopinion de lui , il n’avoit pas non plusde méfiance ; il se regardoit et se con-noissoit avec le même bon sens qu’ilvojoit toutes les autres choses. Ja-
mais personne n'a su mieux éviter lesexcès, ou, si j’ose me servir de ce ter-me , les pièges des vertus : par exem-ple, il aimoit les ecclésiastiques; il s'ac-commodoit assez de la modestie de leurétat ; il ne pouvoit souffrir d’en êtregouverné, sur-tout s’ils passoient, dansla moindre chose, la ligne de leurs de-voirs : il exigeoit plus d’eux qu’ils n’au-roient exigé de lui.... Il étoit impossiblede le voir et de ne pas aimer la vertu ,tant on vojoit de tranquillité et de féli-cité dans son ame, sur-tout quand onla comparoit aux passions qui agitoientses semblables. J’ai vu de loin dans