DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
I.XXXJ
duis la distillation avec lenteur. Recueille séparément les liqueurs quite paraîtront de diverses natures. Tu obtiendras d’abord un flegme insi-pide, puis de l’esprit, puis des gouttes rouges. Les ombres cymériennescouvriront la cucurbite de leur voile sombre , et tu trouveras dans l’in-térieur un véritable dragon ; car il mange sa queue. Prends ce dragonnoir, broie-le sur une pierre, touche-le ensuite avec un charbon rouge,il s’enflammera, et prenant bientôt une couleur citrine glorieuse, ilreproduira le lion vert. Fais qu’il avale sa queue et distille de nouveaule produit ; enfin, mon fils, rectifie soigneusement, et tu verras paraîtrel'eau ardente et le sang humain ( acide pyroacétique brut). » On voitque le langage mystique des alchimistes, la singularité des transforma-tions qu’ils ne pouvaient comprendre, ont dû longtemps exciter la curio-sité et l’admiration des ignorants.
En 1345, les navigateurs génois et catalans retrouvèrent les îles desCanaries , bien connues des Phéniciens et dés Carlhaginois. Cette décou-verte donna une nouvelle activité au commerce , et favorisa les progrèsdes études en multipliant les relations des peuples.
Ce siècle vit paraître un traité d’anatomie , resté classique jusqu’en1500 ; c’est celui de Mundinus, de Bologne , qui avait emprunté ses con-naissances à la science informe des Arabes. Il y avait cependant ajoutéquelques observations directes ; mais elles devaient être bien peu nom-breuses, puisque, dans le cours de onze années, il ne disséqua que troiscorps. Nous trouvons aussi, parmi les botanistes de cette époque, Gia-copo di Dondis, médecin de Padoue , qui inventa une horloge indiquantles jours, les mois, les fêtes de l’année, le cours du soleil et les phaseslunaires. Il fit paraître, sous le titre d 'Herbier vulgaire , un traité debotanique descriptive qui n’est qu’une compilation, à laquelle sontajoutées, pour les plantes naturelles de l’Italie , des descriptions plusexactes que celles qui avaient été faites avant lui.
Le xv e siècle fut un des plus féconds en événements propres à in-fluer sur les progrès de l’esprit humain. En 1431, Guttenberg découvrel’imprimerie, et vient ainsi en aide aux esprits qui, de toutes parts, semontraient plus que jamais avides de lumières. Les chefs-d’œuvre an-tiques, écrits sur du papyrus ou du parchemin , et reproduits en petitnombre par des copistes inexacts ou ignorants , avaient presque entiè-rement disparu dans les commotions du moyen-âge; l’art typogra-phique, en en facilitant la reproduction, les garantit d’une ruine com-plète , et mit les trésors de la science à la portée de tous les hommes.
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