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DISCOURS PRELIMINAIRE.
dans notre ignorance sur le principe et l’essence des choses, nous avonsénoncé l’existence d’une unité absolue, dont nous n’avons aucune idée.Le physicien, en admettant la molécule qu’il ne connaît ni ne comprend,cède à cette tendance vers l’unité; le chimiste prend, pour un type d’u-nité, l’atome qui^n’existe, sous une forme arrêtée, que dans son esprit ;le naturaliste, soit qu’il s’occupe de la nature inerte, soit qu’il étudiela nature vivante, cherche sans cesse à remonter des unités indivi-duelles aux unités collectives, pour arriver systématiquement à une sorted’unité phénoménale; mais ces essais, si louables par la bonne foi deceux qui les hasardent, et tout infructueux qu’ils puissent être, sontune preuve de progrès.
Voici quatre mille ans que la science s’organise; et, depuis près dequatre siècles, notre Europe marche à la tête de la civilisation. Lascience a dévoré bien des générations; elle ne compte même plusaujourd’hui ses martyrs; cependant, après tant de sacrifices, pou-vons-nous dire que nous soyons arrivés à la certitude scientifique?N’errons-nous pas encore dans un dédale de nomenclatures diffuses, desynonymies nombreuses, de langues imparfaites qui augmentent lesdifficultés de l’étude, de théories contradictoires, de préjugés quivoilent la raison et retardent le progrès? Mais à côté du mal, suiteinévitable de l’isolement des premiers peuples et de l’imperfection desmoyens de manifestation, nous avons, pour remèdes, les causes qui ontamené l’émancipation de la pensée, les causes qui cimentent et garan-tissent l’union des peuples. Depuis ce moment, les conquêtes de l’es-prit humain ne sont plus livrées au bon vouloir d’un aréopage scientifiqueet à l’existence incertaine d’une nation. Tous les peuples en sont soli-dairement les dépositaires ; et quand les rivalités qui les séparent et lesarment les uns contre les autres auront à jamais cessé ; quand tous leshommes, jouissant des bienfaits des lumières, marcheront d’un pas égaldans les voies delà science, alors seulement on connaîtra les limitesde la puissance de l’esprit humain. La science, quelque incomplètequ’elle nous paraisse aujourd’hui, n’en est pas moins l’ancre de salut del’humanité : dans la science pratique, expérimentale, repose la vérité,tandis qu’en dehors il ne peut y avoir qu’incertitude, erreur ou men-songe.