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Tome premier.
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CCXXXIX
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DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

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marché à grands pas. L’admiration n’est plus fondée sur un fol en-gouement : la célébrité du savant est proportionnée au degré d’utilité deses travaux ; les hommes les plus populaires sont ceux qui ont fait con-tribuer la science au bien-être de tous, et qui ont compris quelle n’est passeulement un but, mais qu’elle doit être aussi un moyen. L’hommene veut plus être livré à l’empirisme, depuis qu’il a reconnu quel’expérience et l’observation, en vivifiant l’intelligence, le préservent dumalheur d’errer à l’aventure ; aussi les peuples civilisés se sont-ils jetésà l’envi dans les voies que leur ouvrait la science, et se sont-ils em-pressés de réunir tout ce qui pouvait contribuer à ses progrès. Lesbibliothèques s’enrichissent chaque année de tous les trésors de l’es-prit; les musées accumulent, conservent et classent les produits destrois règnes, et offrent le tableau de plus en plus complet de la variétéde la nature. Chaque ville de quelque importance a son cabinet d’his-toire naturelle, son jardin botanique, sa bibliothèque, son académie.Des chaires d’enseignement sont confiées aux hommes les plus éclairés etles plus dévoués aux progrès de la science ; des voyageurs rétribués parles gouvernements, récompenses par les Sociétés savantes, parcourentle monde et rapportent le fruit de leurs longues et périlleuses recher-ches ; de nombreux recueils, dans lesquels sont consignées les décou-vertes nouvelles, sont publiés dans toutes les parties du globe; desouvrages didactiques vont chaque année porter à une multitude delecteurs les connaissances les plus propres à développer leur intelli-gence. Dans l’éducation même la plus humble, l’étude de la nature a sapart. Tous les arts se sont mis au service de la science : la gravure etla peinture enrichissent les collections, de précieuses iconographies ;l’art plastique, imitant la nature, multiplie les préparations anatomi-ques qui facilitent l’étude, en en éloignant le dégoût et le danger; enfinle règne de la science est établi ; son domaine s’est agrandi, et nuln’oserait plus lui disputer son empire.

Nous sommes loin de l’époque où les travaux scientifiques, regardéscomme le fruit d’une révélation, laissaient l’esprit errer dans le vide.Après avoir laborieusement passé plusieurs siècles dans les secs et aridestravaux d’analyses que venaient çà et là égayer quelques théories, nousen sommes arrivés à posséder une telle collection de faits que nousavons cru la généralisation permise -, aussi notre époque est-elle deve-nue synthétique, trop synthétique peut-être. Nous avons voulu, devan-çant le temps, prévoir ce qu’il n’est donné qu’à nos neveux de connaître :