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Tome troisième.
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CAF

rosées, odorantes, approchant, pour la formeet l’odeur, de celle du Jasmin d’Espagne ; illeur succède un drupe ombiliqué, de la gros-seur d’une petite Cerise, passant successive-ment du blanchâtre ou jaunâtre, au vert,au rouge, puis enfin au rouge-brun pres-que noirâtre ; la chair en est glaireuse, jau-nâtre et d’une saveur douceâtre. Les deuxnoyaux sont minces et formés par la paroiinterne du péricarpe. La graine, d’une con-sistance dure, a le périsperme corné, etconstitue le Café du commerce. A Bourbon,on en possède une variété moins grande,plus touffue, à feuilles crépues, cultivéedepuis 1819 dans les serres du Jardin desPlantes, à Paris , sous le nom de Café-le-Roi.

« Le Cafier, dit Raynal, vient originaire-ment de la Haute-Éthiopie, où il a été connude temps immémorial, où il est encore cul-tivé avec succès. Son grain est plus gros, unpeu plus long, moins vert, et presque aussiparfumé que celui qu’on commença à cueil-lir dans l’Arabie , vers la fin du xv« siècle.On croit communément qu’un mollachnommé Chadely fut le premier Arabe qui fitusage du Café , dans la vue de se délivrerd’un assoupissement continuel, qui ne luipermettait pas de vaquer convenablement àses prières nocturnes ; ses derviches l’imi-tèrent. Des bords de la mer Rouge le Cafépassa à Médine, à la Mecque , et, par des pè-lerins , dans tous les pays mahométans. »Mais le meilleur Café vient toujours de l’Yé-men , et particulièrement de Moka, où lesArabes le connaissent sous le nom de Ka-houeh , dont nous avons fait le mot Café .Comment le mollach Chadely devina-t-il lespropriétés du Café? c’est ce que les auteursracontent de la manière la plus ridicule. Ils’aperçut, disent-ils, que les Chèvres quiavaient brouté les feuilles de cet arbrisseaudevenaient plus légères, plus sauteuses quede coutume, et bondissaient dans une sorted’ivresse qui les tenait éveillées. Il eût étébien plus simple, et surtout plus vraisem-blable, de supposer que le mollach avait ap-pris les propriétés de celte boisson de sesvoisins les Ethiopiens.

Quoiqu’il en soit, l’usage des infusions deCafé se répandit très rapidement, à partirdu milieu du xv' siècle, dans tout l’Orient,en Syrie, en Arabie, en Égypte, en Turquie ,en Perse, dans l’Inde , et jusqu’à Ceylan et

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à Java. 11 n’en fut pas de même en Europe ,quoique Rauwolff en ait parlé en 1583, dansla relation de ses voyages en Orient, et queProsper Alpin ait donné la description duCaféier en 1591. Ce fut à Venise , en 1615,qu’on prit du Café pour la première foisen Europe, puis à Marseille en 1654. Cequ’il y a de singulier, c’est qu’il ne parvintpas à Paris de Marseille , mais directementde l’Orient par le voyageur Thévenot, et seu-lement en 1667. A peu près vers la mêmeépoque (en 1669), Soliman-Agâ , ambassa-deur de Mahomet IV à Paris , fit goûter decette liqueur à quelques courtisans qui latrouvèrent excellente, et l’arménien Paskal,qui accompagnait le diplomate, ouvrit à Pa-ris le premier café public. Son établissementne prospéra pas, et il fut obligé de le trans-porter à Londres , où il eut un succès si pro-digieux, qu’en 1G88 , il y avait dans cettecapitale autant de cafés qu’au Caire , selonle botaniste Ray.

Cependant, en France , l’usage du Caférestait confiné dans quelques maisons degrands seigneurs, lorsqu’une circonstancevint lui donner un très grand développe-ment. Les médecins dénoncèrent cette bois-son à l’opinion publique, comme extrême-ment dangereuse pour la santé, et ils décla-rèrent que ce n’était rien autre chose qu’unpoison lent. On connaît le bon mot que cetteexagération fournit à Voltaire . Dès que leCaféfutdéfendu ,toutlemondevouluten prendre,et bientôt Paris n’eut rien à disputer à Con-stantinople pour le nombre de ses cafés pu-blics. Il est assez remarquable que c’est unecause à peu près semblable qui produisit unpareil effet dans cette capitale de l’empireturc. Au milieu du xvir siècle, le grand vizirKuproli se transporta,déguisé comme leGia-far des Mille et une Nuiis , dans les princi-paux cafés de Constantinople . Il y trouvaune foule de gens mécontents, qui, persua-dés que les affaires du gouvernement sonten effet celles de chaque particulier, s’en en-tretenaient avec chaleur, et censuraient avecune hardiesse extrême la conduite des gé-néraux et des ministres. Il passa de là dansles tavernes où l’on vendait du vin, et lestrouva remplies de gens simples et de sol-dats qui s’enivraient sans dire un seul motsur la politique. Ces derniers établissementsI lui parurent devoir être tolérés , mais il fi*