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Le laissez faire et laissez passer des éco-nomistes libéraux est, certes, large et phi-losophique ; mais il ne pourra être prati-qué que quand toutes les nations , entrantdans une même voie , adopteront le mêmeprincipe. Sans cela, nous verrions nos mar-chés envahis par les produits de l’étranger,et notre agriculture tomberait dans un étatcomplet de décadence. Il ne faut rien d’ab-solu en économie : une prohibition rigou-reuse est aussi ridicule qu’une franchise ab-solue , et l’on ne peut que faire l’éloge duprincipe fondamental de la loi de 1821, envertu duquel notre agriculture était proté-gée dès que les prix de l’étranger tombaientau-dessous de nos prix de revient. En 1832,on a substitué à la prohibition absolue undroit proportionnel, plus fort à l’exportationet plus faible à l’importation. Il est indis-pensable que le gouvernement, chargé demaintenir l’équilibre entre les intérêts detous, intervienne constamment suivant lesnécessités du moment; c’est ee qui fait queles lois, avec leurs formes rigoureuses etarrêtées, sont plus souvent des entraves quedes remèdes. Certes, il est délicat, avec nosprincipes constitutionnels, de laisser aumains des gouvernants l’appréciation du faset du nef as; mais l’inconvénient seraitmoins grand peut-être, et le pouvoir dicta-torial a cela de bon qu’il est libre et intel-ligent : aussi est-ce celui qui surgit fatale-ment aux époques de crise, quand il fautagir sans dilation.
Une autre question est celle de l’accapa-rement; elle est d’une moins grande impor-tance qu’on ne pense dans les temps ordi-naires , et ne peut jamais avoir lieu que surune petite échelle ; mais le monopole exercesouvent une influence préjudiciable dans unrayon plus ou moins grand , et l’on n’y peutmettre un frein qu’en facilitant les commu-nications : au reste les chemins de fer enferont justice, en ralliant entre eux tous lespoints du territoire.
La question principale est la modificationdes procédés de culture, et le grand obstacleà tous ces progrès est l’esprit routinier descampagnes poussé si loin, qu’un cultivateurélève de Grignon n’a jamais pu obtenir desjournaliers qu’il occupait qu’ils suivissentles méthodes qui produisaient les résultatsles plus avantageux. J’ai vu, d’un autre
côté, un propriétaire rural être obligé delaisser pourrir dans ses granges les char-rues les plus estimées, qu’il avait fait ve-nir à grands frais de Roville et de Paris ,faute de trouver des laboureurs qui voulus-sent s’en servir ; les tentatives de dessèche-ment dans le Berri et sur d’autres points,où les paysans ont repoussé les dessécheursà coups de fusil, prouvent combien on ren-contre dans les campagnes d’antagonistes àtoute innovation.
On croirait à peine combien sont lentsles progrès parmi les nations les plus civili-sées, et peu de personnes savent que le se-moir, aujourd’hui préconisé par les hommeséclairés, et repoussé par les ignorants, existeen Chine depuis dix-huit cents ans, qu’ons’en est servi en Italie et en Espagne il y adeux siècles, et qu’en 1663 ce semoir, im-porté en Autriche , fit produire 60 pour 1 àdes terres qui ne produisaient que 4 pour 1.
Or, la cause de ce mal c’est l’ignorance; ilfaudrait donc, pour y porter remède, répandredans la classe agricole des lumières larges etsaines qui éteignissent peu à peu les préjugés,et que ces connaissances, fondées sur les pro-grès de la science, fussent avant tout pra-tiques et expérimentales , et dégagées dethéories ; établir au milieu des populationsarriérées des fermes modèles sérieuses, nonde celles qui coûtent plus qu’elles ne rap-portent, mais des établissements prêchantpar l’exemple et non par la parole , et quiproduisissent plus que le paysan et à meil-leur marché que lui ; encourager les bonnesméthodes par des récompenses pécuniaires,et honorer l’agriculture, source de prospéritéet d’indépendance, autant au moins que l’in-dustrie, qui, respectable dans de sages limi-tes , est préjudiciable aux travaux agricoles,en lui arrachant des bras qu’elle énerve etdes cœurs qu’elle corrompt au profit d’unepensée erronée, imitée de l’école de Smith,celle qui consiste à calculer la richesse d’unpays par la plus grande somme de produitséchangeables et de numéraire, tandis qu’ellene peut se trouver que dans la plus grandequantité possible de produits utiles répartisentre les citoyens avec égalité. Mais il con-vient avant tout de renoncer aux utopiesdes économistes, et il est impérieusementnécessaire que le gouvernement, prenant enmain la cause de l’agriculture, la regarde