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cher de la bande d’union eût pu facile-ment apprendre , et cependant c’est ce quej’ignore encore, les deux frères s’étant con-stamment refusés à laisser achever un exa-men qu’ils disaient douloureux. Ils ont tou-tefois suppléé en partie aux données qu’eûtpu fournir cet examen , en exécutant sousmes yeux plusieurs mouvements, et prenantplusieurs positions qui attestent, dans labande d’union , une flexibilité beaucoupplus grande que ne I’ontsupposée les auteurs.Ainsi j’ai, vu l’un des deux frères restantdroit, l’autre se baisser, et dans ce momentson thorax tournait sur la bande d’unioncomme sur une sorte de pivot. Je les ai vusaussi se placer l’un en face de l’autre commeils l’étaient dans leur enfance. Mais ces po-sitions, et cette dernière elle-même, dontl’organisation se plie à l’influence long-temps prolongée d’une habitude, sont pourChang et Eng des attitudes forcées qu’ilss’empressent de quitter pour reprendre cequi est aujourd’hui leur état ordinaire ,c’est-à-dire pour se mettre l’un par rapportà l’autre de côté et à angle droit.
» C’est ainsi placés qu’ils se couchent,qu’ils s’asseoient, qu’ils se tiennent debout,qu’ils marchent, comparables à deux per-sonnes qui, serrées l’une contre l’autre, setouchent réciproquement par un des côtésde leurs poitrines. Aussi la progression nese fait-elle ni pour l’un ni pour l’autre, di-rectement d’avant en arrière, mais obli-quement, suivant la diagonale de l’anglequ’ils forment entre eux. Chacun d’eux al’un des côtés de son corps placé en avant,et, relativement à l’ensemble de l’être dou-ble , en dehors ; l’autre en arrière et endedans. De même la jambe et le bras droitsde l’un des frères, la jambe et le bras gau-ches de l’autre, sont en avant ; les deux au-tres jambes et les deux autres bras en ar-rière. De là une inégalité très marquéed’action , d’exercice, et par suite de déve-loppement entre les deux membres, d’abordsemblables et égaux, de chaque paire Ihora-eique et abdominale. Tandis que Chang etEng laissent leurs bras postérieurs pendreeomme inertes derrière leur double corps,°u bien, et c’est le plus souvent, les entre-gent mutuellement autour de leurs cous0u de leurs poitrines, tous les actes de laPréhension , aussi bien ceux qui exigent det. vin.
la force que de l’adresse, restent dévolusaux bras antérieurs : aussi sont-ils robusteset bien musclés; les deux autres, au con-traire, faibles et grêles. Pareillement, dansla marche, dans la course , dans le sautmême, qui s’accomplit par les efforts instan-tanément combinés et toujours harmoniquesdes deux frères, les jambes postérieures nefont que seconder et pour ainsi dire quesuivre les deux antérieures : aussi sont-ellesfaibles , maigres , et même, chez l’un desdeux surtout, très sensiblement cagneuses.Les deux moitiés du corps et même de latête, les yeux exceptés, pour lesquels a pré-cisément lieu l’inverse, offrent des diffé-rences moins marquées, mais analogues,en sorte que, par une disposition que lasimplicité de son explication ne rend pasmoins singulière, le côté droit d’Eng setrouve beaucoup plus semblable au côtégauche de Chang , et réciproquement, qu’àl’autre moitié de son propre corps.
» Dans les circonstances ordinaires, lors-que tous deux sont également calmes ouégalement animés, la respiration et les pul-sations artérielles sont simultanées chezChang et Eng. Cependant il n’en est pastoujours ainsi. L’un des deux frères s’étantun jour baissé pour examiner le jeu d’unemontre, son pouls s’accéléra aussitôt, aurapport d’un médecin instruit, le docteurWaran , tandis que celui de l’autre jumeaune subit point de changement sensible ;mais l’isochromisme ne tarda pas à se réta-blir. Les médecins de Londres et de Paris ont eu aussi occasion de constater à plu-sieurs reprises, et même quelquefois sanscause apparente , des différences plus oumoins marquées dans le nombre des pul-sations.
a Les deux Siamois montrent de mêmedans leurs autres fonctions une concordanceremarquable , mais non absolument con-stante, comme les journaux des États Unis ,de Londres, de Paris , se sont plu à le ré-péter successivement, et comme le disaienteux-mêmes Chang et Eng aux personnes
qui se contentaient de leur adresser quel-ques vagues questions. Sans doute rien deplus curieux que le contraste d’une dualitéphysique presque complète et d’une unité
morale absolue ; mais aussi rien de pluscontraire à la saine théorie. J’ai fait avec
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