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soin toutes les observations, recueilli tousles renseignements qui pourraient m’éclai-rer sur la valeur d’une assertion tant de foisrépétée; et j’ai trouvé qu’entre les principesméconnus de la théorie et toutes les décla-mations physiologiques dont l’unité moraledes frères siamois a été si longtemps l’iné-puisable texte, c’est aux premiers, comme ondevait s’y attendre, que les faits donnententièrement gain de cause.
n Jumeaux créés sur deux types presqueidentiques, puis inévitablement soumis pen-dant toute leur vie à l’influence des mêmes
circonstances physiques et morales ; sem-blables d’organisation et semblables d’édu-cation, les deux frères Siamois sont devenusdeux êtres dont les fonctions, les actions,les paroles, les pensées même, sont presquetoujours concordantes, et, si l’on peut s’ex-_primer ainsi, se produisent et s’accomplis-sent parallèlement. Leurs heures d’appétit,de sommeil, de veille, leurs joies, leurscolères,leurs douleurs,sont communes; lesmêmes idées, les mêmes désirs se font jourau même moment dans ces aines jumelles ;la phrase commencée par l’un est souventachevée par l’autre. Mais toutes ces concor-dances prouvent la parité et non l’unité;des jumeaux anormaux en présentent sou-vent d’analogues, et sans doute en offri-raient de tout aussi remarquables, s’ilseussent invariablement pendant toute leurvie , comme les deux Siamois , vu les mêmesobjets, perçu les mêmes sensations, jouides mêmes plaisirs , souffert des mêmesdouleurs.
» Chang et Eng ont l’un pour l’autrel’affection la plus tendre. Obligés de mar-cher, de s’asseoir, de se coucher, de selever ensemble, de s’obéir tour à tour , etde se faire mutuellement , et presque àchaque instant de leur vie, le sacrifice deleur volonté, à peine les a-t-on vus quel-quefois dans une passagère mésintelligence.Telle est même la fonce de leur mutuelleaffection, qu’ils ne trouvent pas acheté tropcher, au prix de la gêne constante de leursmouvements, le bonheur de se sentir sanscesse l’un près de l’autre, et de réaliser à lalettre cette belle image de l’amitié : Tous deuxne sont qu’un, et chacun est deux. On assureque, plusieurs chirurgiens ayant conçu leprojet, trop hardi peut être, de les rendre
à l’état normal par leur séparation, ce futce sentiment, bien plus que la crainte dela douleur ou de la mort, qui les déterminaà se refuser à toute opération.
« Les deux frères siamois, aujourd’huifaçonnés aux mœurs européennes, parlenttous deux avec la même facilité la langueanglaise, pour laquelle ils ont presque en-tièrement oublié le chinois. Ils s’entretien-nent volontiers avec les personnes qui lesvisitent. Souvent même chacun d’eux suitséparément une conversation distincte avecdes interlocuteurs différents ; mais entreeux ils ne s’adressent presque jamais laparole, et lorsqu’ils le font, ce n’est quepour se dire quelques mots en apparencesans suite et à peine intelligibles pour d’au-tres. Comment, en effet, concevoir cetéchange rapide et répété de faits et d’idéesque l’on appelle conversation entre deuxêtres qui, unis ensemble par un lien indis-soluble, voient tous les mêmes objets, en-tendent toutes les mêmes paroles, et sontl’un à l’autre, à chaque instant de leur vie,un confident inévitable? »
3. Steünopage. Slernopages ( ot/ovo» ,sternum; woom'î, uni). Ce genre est prin-cipalement caractérisé par la jonction dedeux individus face à face, depuis l’ombi-lic jusqu’à la partie supérieure de la poi-trine. Il diffère du genre précédent (Xipho-phage) par l’étendue très inégale de la ré-gion d’union , et surtout par la dispositiontrès différente des viscères thoraciques etsus-abdominaux réunis entre eux, d’un su -jet à l’autre.
Les observations assez nombreuses faitessur les Sternopages par différents auteurs,entre autres par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , ont suffisamment démontré l’or-ganisation de ces Monstres. Le sternum dechaque sujet est divisé en deux moitiés re-jetées latéralement, et reportées ainsi surles flancs. Là, rencontrant les deux moitiéssemblablement disposées du sternum del’autre sujet, elles se sont réunies avec elles,de là deux sternums latéraux et communsaux deux sujets, du reste régulièrementconformés. Les cavités thoraciques, au nombre de deux, sont réunies en une seule ettrès vaste cavité, limitée par quatre parois,savoir : deux coslo-dorsales , directemenopposées l’une à l’autre; deux costo-ster