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De la propriété / par M.A. Thiers
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DU DROIT DE PROPRIÉTÉ.

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| une fronde. Mais tout art qui exige du temps, delà réflexion,de laccumulation, il y renoncerait, sil navait la certitudeden recueillir les produits. Il y en a un surtout, le premierde tous, lagriculture, quil abandonnerait à jamais, si la pos-session de la terre ne lui était assurée. Car cette terre fé-conde, il faut sattacher à elle, sy attacher pour la vie, si onveut quelle réponde par sa fécondité à votre amour. Il fauty Axer sa chaumière, lentourer de limites, en éloigner lesanimaux nuisibles, brûler les ronces sauvages qui la cou-vrent, les convertir en une cendre féconde, détourner leseaux infectes qui croupissent sur sa surface pour les conver-tir en eaux limpides et vivifiantes, planter des arbres qui enécartent ou les ardeurs du soleil ou le souffle des vents mal-faisants. et qui mettront une ou deux générations à croitre,il faut enfin que le père y naisse et y meure, après le père lefils, après le fils les petits-fils! Qui donc se donnerait tous cessoins, si lacertitude quun usurpateur ne viendra pas détruireces travaux, ou sans les détruire sen emparer pour lui, nex-citait, ne soutenait lardeur de la première, de la seconde, dela troisième génération? Cette certitude, quest-elle? sinonla propriété admise, garantie par les forces de la société?

Ces exemples sont tous empruntés à létat primitif dessociétés. Mais, en se développant, lhomme ne change pas. Ila beau se mieux vêtir, se mieux loger, se mieux nourrir, il abeau se couvrir dor et de pourpre, vivre dans les palais con-struits par le Bramante , y savourer les mets les plus recher-chés, il a beau élever son âme jusquà Platon , il a toujours lemême cœur, il est exposé aux mêmes misères, et il lui fautles mêmes mobiles pour en sortir. S'il sarrêtait un instantdans son effort sur la nature, elle redeviendrait sauvage. Unavait négligé quelques jours, par une criminelle jalousie depeuple à peuple, la prodigieuse route qui traverse le Simplon,et la nature roulant incessamment des blocs de glace, destorrents de neige, même de simples filets deau, sur ce plancontinu attaché au flanc des Alpes , l'avait bientôt rendu im-praticable. Sil suspendait un seul moment ses efforts,lhomme serait vaincu par la nature; et si un seul jour ilcessait dêtre stimulé par lattrait de la possession, il laisse-rait retomber nonchalamment ses bras, et dormirait à côtédes instruments de son travail abandonné.