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De la propriété / par M.A. Thiers
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LIVRE I.

Tous les voyageurs ont élé frappés de létat de langueur,de misère et dusure dévorante, des pays la propriéténétait pas suffisamment garantie. Allez eu Orient, ledespotisme se prétend propriétaire unique, ou, ce qui revientau même, remontez au moyen âge, et vous verrez partoutles mêmes traits : la terre négligée parce quelle est la proiela plus exposée à lavidité de la tyrannie, et réservée auxmains esclaves qui nont pas le choix de leur profession ; lecommerce préféré, comme pouvant échapper plus facilementaux exactions ; dans le commerce , lor, largent, les joyaux,recherchés comme les valeurs les plus faciles à cacher; toutcapital prompt à se convertir en ces valeurs, et quand il serésout à se prêter, se donnant à un taux exorbitant, se con-centrant dans les mains dune classe proscrite, laquelleaffichant la misère, vivant dans des maisons hideuses au de-hors, somptueuses au dedans, opposant une constance invin-cible au maître barbare qui veut lui arracher le secret de sestrésors, se dédommage en lui faisant payer largent pluscher, et se venge ainsi de la tyrannie par lusure.

Au contraire, que, par les progrès du temps, ou la sagessedu maître, la propriété soit respectée, à linstant la confiancerenaît, les capitaux reprennent leur importance relative, laterre valant tout ce quelle est destinée à valoir redevientféconde, lor, largent, si recherchés, ne sont plus que desvaleurs incommodes et perdent de leur prix ; la classe qui lesdétenait, restée habile, a recouvré la dignité avec la sécurité ;elle ne cache plus sa richesse, elle la montre avec confiance,et la prête à un intérêt modique. L'activité est universelle etcontinue; laisance générale la suit, et la société, épanouiecomme une fleur à la rosée et au soleil, sétale de toutes partsaux yeux charmés qui la contemplent. Et si on voulait attri-buer cet état prospère des sociétés civilisées à la liberté , dontDieu me préserve de contester la vertu bienfaisante, je répon-drais que cest à la propriété respectée quon doit ces beauxrésultats ; car Venise nétait pas libre, mais, ses tyrans respec-tant le travail, elle était devenue la pl us riche esclave de la terre.

Je me résume donc, et je dis : Lhomme a une premièrepropriété dans sa personne et ses facultés; il en a une se-conde, moins adhérente à son être, mais non moins sacrée,dans le produit de ces facultés, qui embrasse tout ce quon