LIVRE QUATRIÈME.
DE L’IMPÔT.
CHAPITRE PREMIER.
De Ma manière d’atteindre Ma propriétépar i’itnpot.
Qu’il n'est pas vrai que les gouvernements aient eu pour vue principale,dans tous les siècles, de décharger une classe aux dépens des autres,et qu’ils ont eu pour but essentiel de prendre l’argent où il était plusfacile de le trouver.
Je n’aurais pas traité dans toute son étendue la questionqui m’occupe, si je ne recherchais quelle part des chargespubliques la propriété doit supporter. Je ne l’aurais complè-tement traitée, ni quant au fond, ni quant aux circonstan-ces présentes, car, entre les ennemis de la propriété, les plushabiles se reposent sur l’impùt du triomphe de leurs vues.Pour le moment, disent-ils, on respectera la distribution pré-sente des biens, vu que la génération actuelle n’est pas en-core assez éclairée pour qu’on puisse donner une solutioncomplète des questions sociales, mais,en attendant, les richespayeront. On peut donc créer des dépenses populaires, sup-primer des impôts impopulaires, les riches payeront. — Soit,répondrai-je, si c’est juste. Mettant même toute justice decôté, j’ajouterai: Soit, si les riches le peuvent.
Il n’y a pas un sujet sur lequel la science économique dutemps soit plus courte, plus fausse, qu’en matière d’impôt.On croit, par exemple, que jusqu’ici les gouvernements n’ontsongé qu’à écraser le pauvre, à soulager le riche, à faire por-ter sur l’un les charges dont on débarrassait l’autre. On lecroit de tous les gouvernements sans exception, du dernier,de l’avant-dernier, de tous enfin, modernes ou anciens. Celtesupposition est pourtant fausse, même pour les siècles anlé-