DE L'IMPOT.
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rieurs b la révolution de 1789, époque à laquelle le beauprincipe d’une égalité rigoureuse devant la loi a été intro-duit pour la première fois dans notre constitution sociale.Bien qu’il y eût alors d’énormes et intolérables abus, que larévolution de 1789 a eu l’honneur de détruire, honneur quecelle de 1848 n’aura pas, uniquement parce qu’elle est ve-nue la seconde; bien qu’il y eût des classes affranchies ouchargées de certains impôts, qu’il y eût des exceptions in-justifiables, et toutes au profit de quelques privilégiés, néan-moins, sauf ces préjugés du temps, remplacés aujourd’huipar des préjugés d’un autre genre, et non moins dangereux,il n’est pas vrai que Sully, Colbert , Turgot , et beaucoup d’au-tres ministres moins célèbres placés entre ceux-là, ne son-geassent qu’à écraser le pauvre, et n’apportassent dans leursvues qu’une brutale injustice, exclusivement occupés qu’ilsétaient de remplir les caisses royales. Celte supposition estcomplètement erronée. Les uns par humanité, les autres parprudence, ne songeaient qu’à une chose, à ménager le plusgrand nombre, à le faire souffrir le moins possible, car toutesouffrance épargnée laissait une ressource pour de nouveauximpôts. £n dehors des nobles et du clergé que les privilègesdu temps couvraient, il y avait des riches qu’aucun privilègene garantissait, et qu’on ne demandait pas mieux que d’at-teindre. Ces grands ministres n’avaient qu’un objet en vue,c’était de trouver les impôts les moins onéreux, les moinsnuisibles à la production, et de ménager le pays, ne fût-ceque pour en tirer davantage. Il ne faut donc pas mépriserleur science, et croire que tout est à refaire en matière d’im-pôt, qu’en tout refaisant on dédommagera le pauvre de sapauvreté, on punira le riche de sa richesse. Non: on boule-versera l’ordre social, et on rendra le pauvre plus pauvre, caril est toujours le plus maltraité dans les révolutions, vuqu’ayant strictement le nécessaire, quand il l’a, il ne peutrien perdre sans être aussitôt réduit aux abois. Les derniershuit mois en sont la preuve. Je vais donc chercher en peude mots où sont, en fait de contributions publiques, le justeet l’habile, et heureusement on reconnaîtra ici comme ail-leurs, que le juste, l’habile sont identiques, et que violer lapropriété, soit qu’on l’atteigne indirectement par l’impôt,soit qu’on l’atteigne directement par tous les genres de com-