6 Quelques réflexions
Enfin, dans les Romans ordinaires, lesdigressions ne peuvent être permises quelorsqu’elles forment elles-mêmes un nou-veau Roman . On n’y sauroit mêler de rai-sonnemens, parce qu’aucun des personna-ges ti’y ayant été assemblé pour raisonner,cela choquerait le dessein et la nature del’ouvrage. Mais, dans la forme de Lettres ,oii les acteurs ne sont pas choisis , et oùles sujets qu’on traite ne sont dépendansd’aucun dessein ou d’aucun plan déjàformé , l’Auteur s’est donné l’avantage depouvoir joindre de la philosophie, de lapolitique et de la morale à un Roman , etde lier le tout par une chaîne secrète, eten quelque façon inconnue.
Les Lettres Persanes eurent d’abord undébit si prodigieux , que les Libraires mi-rent tout en usage pour en avoir des suites.Ils allaient tirer par la manche tous ceuxqu’ils, rencontraient : Monsieur, disoient-ils ; Faites-moi des Lettres Persanes.
Mais ce que je viens de dire suffit pourfaire voir qu’elles ne sont susceptibles d’au-cune suite s encore moins d’aucun mélangeavec des Lettres écrites d’une autre main yquelqu’ingénieuses qu’elles puissent être.
Il y a quelques traits que bien des gensont trouvés trop hardis. Mais ils sont priésde faire attention à la nature de cet Ou-vrage . Les Persans , qui dévoient y jouerun si grand rôle, se trouvaient tout-à-coup