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tu nous fis passer en un instant dans millesituations différentes : toujours de nouveauxcommandemens et une obéissance toujoursnouvelle. Je te l’avoue, Usbek, une passionencore plus vive que l’ambition me fit sou-haiter de te plaire. Je me vis insensible-ment devenir la maîtresse de ton cœur ; tume pris, tu me quittas 5 tu revins à moi, etje sus te retenir : le triomphe fut tout pourmoi, et le désespoir pour mes rivales : ilnous sembla que nous fussions seuls dansle monde ; tout ce qui nous entouroit nefrit plus digne de nous occuper. Plût auciel que mes rivales eussent eu le couragede rester témoins de toutes les marquesd’amour que je reçus de toi ! Si elles avoientbien vu mes transports, elles auroient sentila différence qu’il y a de mon amour auleur j elles auroient vu que , si elles pou-voient disputer avec moi de charmes, ellesne pouvoient pas disputer de sensibilité.Mais où suis-je ? où m’emmène ce vainrécit ? C’est un malheur de n’être pointaimée ; mais c’est un affront de ne l’être plus.Tu nous quittes Usbek, pour aller errer dansdes climats barbares. Quoi ! tu comptes pourrien l’avantage d’être aimé ? Hélas ! tu nesais pas même ce que tu perds. Je poussedes soupirs qui ne sont point entendus ; meslarmes coulent, et tu n’en jouis pas; il sem-ble que l’amour respire dans le Sérail, et ton