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5 (1805) Lettres Persannes
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22 Lettres

sont mes femmes. Je ne puis penser à elles,'

que je ne sois dévoré de chagrins.

Ce nest pas, Nessir, que je les aime : jeme trouve à cet égard dans une insensibilitéqui ne me laisse point de désire. Dans lenombreux Sérail jai vécu, jai prévenu,lamour et lai détruit par lui-même : maisde ma froideur même, il sort une jalousiesecrète qui me dévore. Je vois une troupede femmes laissées presque à elles-mêmes ;je nai que de3 âmes lâches qui men répon-dent. Jaurois peine à être en sûreté si mesesclaves étoient fidelles : que sera-ce, silsne le sont pas? Quelles tristes nouvellespeuvent men venir dans les pays éloignésque je vais parcourir ! Cest un mal mesamis ne peuvent porter de remède : cest unlieu dont ils doivent ignorer le9 tristessecrets 5 et quy pourroient-ils faire ? Nâi-merois-je pas mille fois mieux une obscureimpunité, quune correction éclatante ? Jedépose en ton cœur tous mes chagrins, moncher Nessir : cest; la seule consolation quime reste dans létat je suis.

DErzeron , le io de lalune de Rcbiab, 2*1711,