22 Lettres
sont mes femmes. Je ne puis penser à elles,'
que je ne sois dévoré de chagrins.
Ce n’est pas, Nessir, que je les aime : jeme trouve à cet égard dans une insensibilitéqui ne me laisse point de désire. Dans lenombreux Sérail où j’ai vécu, j’ai prévenu,l’amour et l’ai détruit par lui-même : maisde ma froideur même, il sort une jalousiesecrète qui me dévore. Je vois une troupede femmes laissées presque à elles-mêmes ;je n’ai que de3 âmes lâches qui m’en répon-dent. J’aurois peine à être en sûreté si mesesclaves étoient fidelles : que sera-ce, s’ilsne le sont pas? Quelles tristes nouvellespeuvent m’en venir dans les pays éloignésque je vais parcourir ! C’est un mal où mesamis ne peuvent porter de remède : c’est unlieu dont ils doivent ignorer le9 tristessecrets 5 et qu’y pourroient-ils faire ? N’âi-merois-je pas mille fois mieux une obscureimpunité, qu’une correction éclatante ? Jedépose en ton cœur tous mes chagrins, moncher Nessir : c’est; la seule consolation quime reste dans l’état où je suis.
D’Erzeron , le io de lalune de Rcbiab, 2*1711,