Persanes. ?5
ces enchantemens, et rappelle mes esprits.Je me trouve pour lors si animée ... Tu nele croirois pas, Usbek, il est impossiblede vivre dans cet état ; le feu coule dansmes veines. Que ne puis-je t’exprimer ceque je sens si bien! et comment sens-je sibien ce que je ne puis t’exprimer ? Dans cesmomeas, Usbek, je donnerais l’empire dumonde pour un seul de tes baisers. Qu’unefemme est malheureuse d’avoir des désirs siviolens , lorsqu’elle est privée de celui quipeut seul les satisfaire ; que, livrée à elle-même , n’ayant rien qui puisse la distraire ,il faut qu’elle vive dans l’habitude des sou-pirs et dans-la fureur d’une passion irritée;que, bien loin d’être heureuse, elle u’a pasmême l’avantage de servir à la félicité d’unautre ; ornement inutile d’un sérail, gardéepour l’honneur et non pas pour le bonheurde son époux !
Vous êtes bien cruels vous autres hommes!Vous êtes charmés que nous ayon9 des pas-sions que nous ne puissions pas salisfaire rvous nous traitez comme si nous étions in-sensibles ; et vous seriez bien fâchés quenous le fussions : vous croyez que nos dé-sirs si long-temps mortifiés, seront irrités àvotre vue. Il y a de la peine à se faire aimer,il est plus court d’obtenir du désespoir denos sens , ce que vous n’osez attendre devotre mérite.
Adieu, mon cher Usbek, adieu. CompteTome V. B