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5 (1805) Lettres Persannes
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Persanes. ?5

ces enchantemens, et rappelle mes esprits.Je me trouve pour lors si animée ... Tu nele croirois pas, Usbek, il est impossiblede vivre dans cet état ; le feu coule dansmes veines. Que ne puis-je texprimer ceque je sens si bien! et comment sens-je sibien ce que je ne puis texprimer ? Dans cesmomeas, Usbek, je donnerais lempire dumonde pour un seul de tes baisers. Quunefemme est malheureuse davoir des désirs siviolens , lorsquelle est privée de celui quipeut seul les satisfaire ; que, livrée à elle-même , nayant rien qui puisse la distraire ,il faut quelle vive dans lhabitude des sou-pirs et dans-la fureur dune passion irritée;que, bien loin dêtre heureuse, elle ua pasmême lavantage de servir à la félicité dunautre ; ornement inutile dun sérail, gardéepour lhonneur et non pas pour le bonheurde son époux !

Vous êtes bien cruels vous autres hommes!Vous êtes charmés que nous ayon9 des pas-sions que nous ne puissions pas salisfaire rvous nous traitez comme si nous étions in-sensibles ; et vous seriez bien fâchés quenous le fussions : vous croyez que nos dé-sirs si long-temps mortifiés, seront irrités àvotre vue. Il y a de la peine à se faire aimer,il est plus court dobtenir du désespoir denos sens , ce que vous nosez attendre devotre mérite.

Adieu, mon cher Usbek, adieu. CompteTome V. B