Persanes. 3i
semble que c’est pour moi, et il m’en re-vient toujours une satisfaction indirecte :je me trouve dans le sérail comme dansun petit empire ; et mon ambition, laseule passion qui me reste , se satisfait unpeu. Je vois avec plaisir que tout roulesur moi, et qu’à tous les instans je suisnécessaire : je me charge volontiers de lahaine de toutes ces femmes , qui m’affer-mit dans le poste où je suis. Aussi, n’ont-elles pas affaire à un ingrat : elles metrouvent au devant de tous leurs plaisirsles plus innocens : je me présente tou-jours à elles comme une barrière inébran-lable. Elles forment des projets, et je lesarrête soudain : je m’arme de refus ; je mehérisse de scrupules ; je n’ai jamais dansla bouche que les mots de devoir, devertu, de pudeur , de modestie : je les dé-sespère , en leur parlant sans cesse de lafoiblesse de leur sexe, et de l’autorité dumaître. Je me plains ensuite d’être obligé àtant de sévérité5 et je semble vouloir leurfaire entendre que je n’ai d’autre motif queleur propre intérêt, et un grand attache-ment pour elles.
Ce n’est pas qu’à mon tour je ù’aie unnombre infini de désagrémens, et que,tous les jours, ces femmes vindicatives necherchent à renchérir sur ceux que je leurdonne. Elles ont des revers terribles. Il ya entre nous comme un flux et un reflux
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