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qu’avec des regards sévères : j’étois perdu sielles m’eussent pénétré : quel avantage n’enauroient-elies pas pris !
Je me souviens qu’un jour que je met-tois une femme dans le bain, je me senti»si transporté, que je perdis entièrement laraison, et que j’osai porter ma main dansun lieu redoutable. Je crus, à la premièreréflexion, que ce jour étoit le dernier demes jours : je fus pourtant assez heureuxpour échapper à mille morts ; mais labeauté que j’avois faite confidente de mafoibiesse , me vendit bien cher son silence,.Je perdis entièrement mon autorité sur elle 5et elle m’a obligé depuis à des condescen-dances qui m’ont exposé mille fois à perdre.la vie.
Enfin , les feux de la jeunesse ont passé ;je suis vieux, et je me trouve, à cet égard ,dans un état tranquille : je regarde lesfemmes avec indifférence; et je leur rendsbien tous leurs mépris et tous les tourmensqu’elles m’ont fait souffrir. Je me souvienstoujours que j’étois né pour les comman-der ; et il me semble que je redevienshomme dans les occasions où je leur com-mande encore. Je les hais depuis que jeles envisage de sang froid, et que ma raisonme laisse voir toutes leurs foiblesses. Quoi-que je les garde pour un autre, le plaisirde me faire obéir me donne une joie se-crète ; quand je les prive de tout, il me