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Un des principaux habitans avoit unefemme fort belle ; son voisin en devint amou-reux, et l’enleva : il s’émut une grandequerelle ; et, après bien des injures et descoups, ils convinrent de s’en remettre à ladécision d’un Troglodite , qui, pendant quela république subsist.oit, avoit eu quelquecrédit. Us allèrent à lui, et voulurent luidire leurs raisons. « Que m’importe, dit cet» homme, que cette femme soit à vous, ou» à vous ? J’ai mon champ à labourer ; je» n’irai peut-être pas employer mon temps» à terminer vos différends, et à travailler à» vos affaires, tandis que je négligerai les» miennes. Je vous prie de me laisser en» repos, et de ne plus m’importuner de vos» querelles. » Là-dessus il les quitta , et s’enalla travailler à sa terre. Le ravisseur , quiétoit le plus fort, jura qu’il moturoit plutôtque de rendre cette femme ; et l’autre, pé-nétré de l’injustice de son voisin , et de ladureté du juge, s’en retournoit désespéré,lorsqu’il trouva en son chemin une femmejeune et belle , qui revenoit de la fontaine :il n’avoit plus de femme , celle-là lui plut;et elle lui plut bien davantage, lorsqu’il ap-prit que c’étoit la femme de celui qu’il avoitvoulu prendre pour juge , et qui avoit été sipeu sensible à son malheur, il l’enleva, etl’emmena dans sa maison.
Il y avoit un homme qui possédoit unchamp assez, fertile, qu’il cultivoit avec
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