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sage que moi seroit embarrassé de décider;car si les Asiatiques font fort bien de cher-cher des moyens propres à calmer leurs in-quiétudes, les Européens font fort bien ausside n’en point avoir.
Après tout, disent-ils, quand nous serionsmalheureux en qualité de maris, nous trou-verions toujours moyen de nous dédomma-ger en qualité d’amans. Pour qu’un hommepût se plaindre avec raison de l’infidélité desa femme, il faudroit qu’il n’y eût que troispersonnes dans le monde ; ils seront toujoursà but quand il y en aura quatre.
C’est une autre question de savoir si la loinaturelle soumet les femmes aux hommes.Non, me disoit l’autre jour un philosophetrès-galant, la nature n’a jamais dicté unetelle loi: l’empire que nous avons sur ellesest une véritable tyrannie ; elles ne nous l’ontlaissé prendre que parce qu’elles ont plus dedouceur que nous, et, par conséquent, plusd’humanité et de raison. Ces avantages, quidévoient sans doute leur donner la supério-rité , si nous avions été raisonnables, la leuront fait perdre, parce que nous ne le sommespoint.
Or , s’il est vrai que nous n’avons sur lesfemmes qu’un pouvoir tyrannique, il ne l’estpas moins qu’elles ont sur nous un empirenaturel, celui de la beauté ,à qui rien ne ré-siste. Le nôtre n’est pas de tous les [pays,ruais celui de la beauté est universel. Pour-
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