Persahes, 147
tout ce qui se dit dans la chambre voisine.Un homme qui se promenoit à grands pas ,disoit à un autre : Je ne sais ce que c’est ;mais tout se tourne contre moi. IL y a plusde trois jours que je n’ai rien dit qui m’aitfait honneur -, et je me suis trouvé con-fondu pêle-mêle dans toutes les conversa-tions, sans qu’on ait fait la moindre atten-tion à moi, et qu’on m’ait deux fois adresséla parole. J’avois préparé quelques sailliespour relever mon discours ; jamais on 11’avoulu souffrir que je les fisse venir : j’avoisun conte fort joli à faire ; mais à mesureque j’ai voulu l’approcher , on l’a esquivécomme si on l’avoit fait exprès : j’ai quel-ques bons mots, qui depuis quatre joursvieillissent dans ma tête , sans que j’en aiepu faire le moindre usage. Si cela conti-nue , je crois qu’à la fin. je, serai un sotjil semble que ce soit mon étoile, et queje ne puisse m’en dispenser. Hier j’avoisespéré de briller avec trois ou quatre vieillesfemmes, qui certainement ne m’en im-posent point, et je de vois dire les plusjolies choses du monde. Je fus plus d’unquart d’heure à diriger ma conversation ;mais elles ne tinrent jamais un propos suivi,et elles coupèrent, comme des parques fa-tales , le fil de tous mes discours. Veux-tuque je te dise ? la réputation de bel espritcoûte bien à soutenir. Je ne sais commenttu as fait pour y parvenir. Il me vient;
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