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une pensée , reprit l’autre : travaillons deconcert à nous donner de l’esprit ; asso-cions-nous pour cela. Chaque jour nousnous dirons de quoi nous devons parler 3et nous nous secourrons si bien, que siquelqu’un vient nous interrompre au mi-lieu de nos idées , nous l’attirerons nous-mêmes ; et s’il ne veut pas venir de bongré , nous lui ferons violence. Nous con-viendrons des endroits où il faudra approu-ver , de ceux où il faudra sourire, desautres où il faudra rire tout-à-fait età gorge déployée. Tu verras que nousdonnerons le ton à toutes les conversa-tions , et qu’on admirera la vivacité denotre esprit et le bonheur de nos reparties.Nous nous protégerons par des signes detête mutuels. Tu brilleras aujourd’hui, de-main tu seras mon second. J’entrerai avectoi dans une maison , et je m’écrierai en temontrant : il faut que je vous dise uneréponse bien plaisante que monsieur vientde faire à un homme que nous avons trouvédans la rue. Et je me tournerai vers toi : ilne s’y attendoit pas, il a été bien étonné. Jeréciterai quelques-uns de mes vers, et tudiras : J’y étois quand il les fit ; c’étoit dansun souper, et il ne rêva pas un moment.Souvent même nous nous raillerons toi etmoi, et l’on dira : Voyez comme ils s’atta-quent, comme ils se défendent ; ils ne s’é-pargnent pas 3 voyons comment il sortira