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Il n’y a personne qui ne sorte de cetteville plus précautionné qu’il n’y est entré : àforce de faire part de son bien aux autres,on apprend à le conserver; seul avantagedes étrangers dans cette ville enchanteresse.
LETTRE LIX.
Rica a Usbek,
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J’étoïs l’autre jour dans une maison oùil y avoit un cercle de gens de toute espèce:je trouvai la conversation occupée par deuxvieilles femmes, qui avoient en vain tra-vaillé tout le matin à se rajeunir. 11 fautavouer, disoit une d’entre elles, que leshommes d’aujourd’hui sont bien différens deceux que nous voyions dans notre jeunesse:ils étoient polis , gracieux , complaisans ;mais à présent je les trouve d’une brutalitéinsupportable. Tout est changé, dit pourlors un homme qui paroissoit accablé degoutte ; le temps n’est plus comme il étoit :il y a quarante ans tout le monde se portoitbien ; on marchoit, on étoit gai, on ne de-maudoit qu’à rire et à danser : à présent