Persanes. 187
verroux et ces grilles, ces misérables gar-diens qui vous observent, me mettent enforeur. Comment avez-vous perdu la douceliberté dont jouissoient vos ancêtres ? Votremère qui étoit si chaste , ne domioit à sonmari pour garant de sa vertu que sa vertumême : ils vivoient heureux l’un et l’autredans une confiance mutuelle ; et la sim-plicité de leurs mœurs étoit pour eux unerichesse plus précieuse mille fois que le fauxéclat dont vous semblez jouir dans cettemaison somptueuse. En perdant votre reli-gion , vous avez perdu votre liberté, votrebonheur, et cette précieuse égalité qui faitl’honneur de votre sexe. Mais ce qu’il y ade pis encore , c’est que vous êtes, non pasla femme , car vous ne pouvez pas l’être ,mais l’esclave d’un esclave qui a été dé-gradé de l’humanité. Ah, mon frère ! dit-elle,respectez mon époux, respectez la religionque j’ai embrassée : selon cette religion , jen’ai pu vous entendre, ni vous parler sanscrime. Quoi, ma sœur! lui dis-je tout trans-porté , vous la croyez donc véritable, cettereligion? Ah, dit-elle, qu’il me seroit avan-tageux qu’elle ne le fût pas ! Je fais pourelle un trop grand sacrifice , pour que jepuisse ne la pas croire: et si mes doutes....A ces mots elle se tut. Oui , vos doutes ,ma sœur , sont bien fondés , quels qu’ilssoient. Qu’attendez - vous d’une religion